"Le dernier voyage de Soutine", une ultime errance entre rêve et réalité.

Ralph Dutli, le 14 mars 2013
Ralph Dutli, le 14 mars 2013 © Maxppp / Marc Tirl/dpa/picture-alliance

Le titre dit presque tout, le voyage dure trois jours, Chaïm Soutine meurt le 9 août à 50 ans, et pendant ce périple, revoit sa vie à travers les vapeurs de la morphine. Du shtetl biélorusse à l’effervescence de Montparnasse, de l’extrême pauvreté au surgissement providentiel du pharmacien-mécène de Philadelphie, de Modigliani à l’École de Paris, tout défile. Ralph Dutli relate la vie du peintre qui brûlait ses tableaux, il raconte cette traversée d'une France occupée en 1943 dans un corbillard, jusqu'à Paris où Soutine doit subir une opération chirurgicale. Poète, traducteur, romancier, biographe, Ralph Dutli a décidément plusieurs cordes à son arc : traducteur du russe, il a édité en allemand les œuvres complètes d'Ossip Mandelstam et a consacré une biographie au poète. Dans l'Heure Bleue, voici un joli voyage à travers les mots avec la poésie.

"Seule la parole crée le monde, Chaïm. Ton pinceau barbouille le monde, le mue en grimaces, en insultes à sa création. Ne vois-tu donc pas que tu as tout distordu et déformé, paysages et hommes, que tout tremble et vacille comme si c'était la douleur dans ton ventre qui avait peint et pas toi ? Comme si la douleur avait créé le monde et pas l'œil paisible du Créateur et sa parole. Comme si un ulcère impie avait créé le monde! La Création ne doit pas être peinte Chaïm, pourquoi le serait-elle, à la fin de la semaine la Création est là, produite en six jours et couronnée par le Shabbat, la paix de l'Innommé pour qu'il la contemple avec satisfaction. As-tu oublié le commandement ? Oublié le plus important ? Tout oublié ? Tu ne feras point d'image taillée... Ni de représentation... Ni de ce qui est là-haut... Ni de ce qui est en bas sur la terre... Ni de ce qui est dans les eaux sous la terre...". Extrait de "Le dernier voyage de Soutine" aux Éditions Le Bruit du Temps. Traduit de l’allemand par Laure Bernardi.

Pastille sonore : Philippe Jaccottet

Choix musical : Leonard Cohen avec Alexandra Leaving

Archives :

  • Archive Ina de 1965 : René Char récite son poème Compagnie de l’écolière
  • Archive non datée : Joseph Brodsky à propos d’Ossip Mandelstam

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.