Actrices du quotidien, les mères sont pourtant invisibles dans le récit de la Grande histoire et demeurent absentes du pouvoir politique. La politologue Fatima Ouassak, dans "La puissance des mères" (La découverte) et la sociologue Christine Détrez avec "Nos mères" (La découverte), entendent prendre leur revanche !

La revanche des mères
La revanche des mères © Getty / Orbon Alija

L'une est sociologue et romancière, l'autre politologue et militante. L'une se présente comme fille, l'autre revendique son statut de mère. Christine Détrez et Fatima Ouassak publient chacune un ouvrage pour réhabiliter la place des mères dans l'histoire politique du féminisme. 

Dans "Nos mères / Huguette, Christiane et tant d'autres, une histoire de l'émancipation féminine" (La Découverte), Christine Détrez et Karine Bastide ont décidé d'écrire l'histoire de ces "deux sorcières ordinaires" qu'étaient leur mère respective. Huguette (la mère de Karine) et Christiane (la mère de Christine) exerçaient le même métier, institutrice, mais n'ont pas connu les mêmes destins. 

Huguette a milité au MLAC, entretenu une correspondance avec Simone de Beauvoir, et est morte à 56 ans d'un cancer; tandis que Christiane a enseigné en Tunisie avant de mourir à 26 ans dans un accident de voiture. Pour la première, les deux auteures ont eu à disposition des centaines de documents d'archives et de photos; pour la deuxième, elles se sont confrontées au poids d'un tabou familial. 

Le récit de cette enquête particulière sur les traces de leurs mères permet ainsi de retracer les tentatives d'émancipation des femmes dans les années 1960, moment charnière du féminisme. Il est aussi le lieu d'une réflexion épistémologique sur la possibilité de faire de la sociologie et de l'histoire à partir de sujets qui relèvent autant de l'intime et du personnel. 

De son côté, la politologue Fatima Ouassak est partie directement de sa propre expérience  de mère pour rédiger "La puissance des mères. Pour un nouveau sujet révolutionnaire" (La Découverte), un essai percutant appelant les mères à se réapproprier le pouvoir politique et à en devenir de véritables actrices.  

Si elle se réclame de l'héritage du MLF, elle souligne cependant que cette approche du féminisme a eu tendance à dissocier les femmes des mères. Fille d'immigrés marocains, habitant en Seine-Saint-Denis, elle appelle à s'inspirer des mères issues de l'immigration, qui n'ont pas honte de revendiquer politiquement leur statut maternel. 

Véritable manifeste pour une révolution matriarcale, elle entend faire prendre conscience à toutes celles qu'on appelle "maman", de leur incroyable force d'action potentielle pour œuvrer à changer le monde de demain, notamment en matière d'écologie. 

Renouvellement des féminismes à l'aune de la maternité et réécriture de l'histoire sont ainsi au cœur de l'Heure Bleue. 

Musiques

  • Si Maman si, France Gall 
  • Little runaway, Celeste 

Choix musical : 

  • Emel Mathlouti, Kelmti horra

Archives : 

  • Archive Ina du 19 août 2018  ( au micro de Christine Gonzales ) : Annie Ernaux raconte l’histoire de sa mère
  • Archive Ina du 2 février 1979 ( au micro de Paula Jacques ) : Simone de Beauvoir à propos de l’altérité et du féminisme
Les invités
  • Fatima OuassakPolitologue, cofondatrice du collectif "Front des mères" et présidente de l'organisation féministe "Réseau classe / genre / race"
  • Christine DétrezSociologue
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