Dans sa magnifique préface du livre-album "Simone Veil et les siens", Annick Cojean se souvient du regard transparent de Simone Veil. La grande reporter au "Monde", l'avait rencontrée à de nombreuses reprises. Ce soir, dans l'Heure Bleue, découvrons d'autres facettes de cette grande personnalité.

La ministre de la Santé, Simone Veil, et le président de la République, Valery Giscard d'Estaing le 29 novembre 1974.
La ministre de la Santé, Simone Veil, et le président de la République, Valery Giscard d'Estaing le 29 novembre 1974. © Getty / Michele LAURENT / Gamma-Rapho

Le 26 novembre 1974, la ministre de la Santé, Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée Nationale pour défendre ce qui restera le combat le plus important de sa carrière politique : la légalisation de l’avortement en France. On se souvient tous et toutes d'un chignon qu’elle n’acceptera de défaire qu’une seule fois en public, d'un immuable tailleur Chanel, dont ne variera que la couleur, d'un collier de perles porté sur une lavallière. Une austérité délibérée. Son discours de quarante minutes, va bouleverser la société française et faire entrer Simone Veil dans l’Histoire.

Quand Annick Cojean lui demande si, à ce moment-là, elle a pensé à renoncer, sa réponse est sans appel :

Non, il n'était pas question de perdre confiance et de se laisser aller. Tout cela me dopait au contraire, confortait mon envie de gagner. Et je pense que, en définitive, ces excès m'ont servie. Car certains indécis ou opposants modérés ont été horrifiés par l'outrance de plusieurs interventions, odieuses, déplacées, donc totalement contre-productives.

Tout au long de sa vie publique, Simone Veil a soigneusement protégé son intimité familiale et amicale. Antoine, son mari, apparaît parfois au cours de ses campagnes, mais toujours comme une apparition "officielle". De même ses enfants, photographiés publiquement, par exemple au ministère de la Santé juste avant les débats sur l’avortement, autour d’une table qui réunit la ministre et son cabinet. 

Dans l'intimité, elle aimait les photos de famille, qu’elle collait avec soin dans des albums, et avec lesquelles elle vivait entourée dans son appartement, morts et vivants mêlés.

Extraits de l'émission 

Simone Veil lors des débats de la loi sur l'avortement : "Parmi ceux qui combattent aujourd'hui une éventuelle modification de la loi répressive, combien sont-ils ceux qui se sont préoccupés d'aider des femmes dans leur détresse ? Combien sont-ils ceux qui, au delà de ce qu'ils jugent comme une faute, ont su manifester aux jeunes mères célibataires la compréhension et l'appui moral dont elles avaient un si grand besoin ?"

Simone Veil sur la vie politique : "Je crois qu'à ce niveau de responsabilité, tous les gens sont un peu emprisonnés par leurs personnages, quels qu'ils soient. Et puis, l'amitié qui a toujours tenu une grande place dans ma vie, mes amis, me trouve moins disponible. Moi aussi, je les vois moins. J'en souffre."

  • Simone Veil, une personnalité entière

Annick Cojean sur Simone Veil : "Si je devais décrire Simone Veil, je parlerai d'abord de son sourire et de ses yeux pas toujours tristes, mais pas joyeux. Je parlerai de son intégrité fondamentale, une honnêteté qui m'impressionnait, et une authenticité farouche. 

Elle n'était pas complaisante en rien. 

Elle n'est pas non plus dans la séduction. Ce mot l'aurait horrifié, je crois. Elle était elle-même toujours dans toutes les circonstances. Alors, elle se domptait parce qu'elle pouvait être en colère et qu'elle préférait camoufler ses colères et se tenir bein en public. Mais elle ne lâchait rien, jamais sur ses convictions, et elle disait toujours ce qu'elle pensait. Et c'était fascinant, parce qu'on est tellement entourés de gens qui sont dans la séduction, dans la communication, dans le compromis ou la compromission, qu'elle, c'était précisément l'inverse. C'est ce que j'ai aimé chez elle. C'était impressionnant et même intimidant d'être face à ce bloc d'honnêteté avec en plus une bienveillance à l'égard de beaucoup de gens, notamment des femmes. 

  • La Loi Veil

Annick Cojean : "Lorsque démarre le débat sur l'avortement au Parlement ce 26 novembre 1974, nul ne peut prédire l'issue du scrutin. C'est très risqué, et Simone Veil allait réellement à l'abattoir. Elle était inquiète. Elle était sûre d'être du bon côté et de mener le bon combat. Son discours est très bien conçu, et très intelligent. 

Évidemment, quand on le relit maintenant, on peut trouver qu'il est un peu en deçà du combat parce qu'elle n'a pas des termes militants, et qu'elle ne parle pas du droit des femmes à disposer de leur corps, etc. 

Elle n'utilise pas du tout des arguments féministes mais elle va combattre en brandissant des faits, en arguant du devoir de responsabilité devant des désordres publics. 

Elle montre qu'il appartient à un Etat de se montrer réaliste face à des choses absolument inéluctables. 

Elle démonte un par un tous les arguments de la majorité laquelle elle appartenait pourtant. Elle argumente avec une rigueur, et une tactique d'ailleurs très bien conçues, de nature à les désorienter. Elle montre qu'elle a tout pesé, que ce n'est pas au nom de principes qu'elle brandit ce discours, mais qu'au contraire, c'est en ayant pesé sa responsabilité, en ayant examiné les faits, en sachant la douleur, que c'est, en sachant le cas de conscience qu'ont la plupart des gens présents dans dans l'hémicycle, etc. 

Laure Adler : "Elle vous avoue qu'elle a préparé cette loi en gardant sa petite-fille de 18 mois et que d'ailleurs elle a perdu les premières ébauches de ce discours. Simone Veil considère comme importante pour les femmes cette loi. Mais elle pense que c'est la Loi Neuwirth autorisant la pilule qui est plus "importante par sa portée historique et philosophique, même si on ne lui accorde pas le même poids symbolique"."

Annick Cojean : "Elle a toujours dit ça. Et d'ailleurs un peu avant de défendre la loi sur l'avortement, elle a facilité encore l'application de la  loi Neuwirth et l'accès à la contraception gratuite remboursée. Il y avait une grande modestie et peut être un grand réalisme, finalement chez elle. Elle trouvait d'ailleurs que c'était normal que la loi ne porte le nom de Neuwirth précisément parce que c'était une proposition de loi, alors que pour la loi Veil, c'était une loi proposée par un gouvernement. Elle trouvait que c'était presque illégitime qu'elle lui donne son nom !"

La suite à écouter... 

Références : 

Extraits du chapitre : Au gouvernement lus par Sandrine Bonnaire dans "Une Vie" autobiographie publiée en 2007 chez Stock et en livre de Poche en 2009.

Archives :

  • Archive Ina du 26 novembre 1974 : Discours de Simone Veil sur l’IVG à l’Assemblée Nationale 
  • Archive Ina du 6 mai 1975 (au micro de Jacques Chancel) : Simone Veil à propos du fait d’être femme et ministre

Générique Veridis Quo des Daft Punk 

Et aussi

🎧 Ecoutez les émissions de Laure Adler consacrées à Simone Veil :

Bonus

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