Simone Veil incarne bien des combats mais son engagement européen reste en revanche moins connu. Simone Veil, présidente du Parlement européen de 1979 à 1982, n'a pourtant jamais cessé de susciter l'admiration en Europe et celle de Robert Badinter, l'invité de l'Heure Bleue ce soir.

Simone Veil fut la première femme présidente du Parlement européen en 1979
Simone Veil fut la première femme présidente du Parlement européen en 1979 © Getty / Frederic Reglain

Simone Veil était une militante européenne convaincue. A ses yeux la construction européenne était le seul moyen d'éviter les horreurs du passé, elle en était intimement convaincue depuis son retour des camps. 

En 1979, elle fut la première femme élue présidente du Parlement européen, sous les acclamations. Une véritable révolution. Pour elle, l’Europe fait alors face à trois défis majeurs : "celui de la paix, celui de la liberté et celui du bien-être". Elle demeure aujourd'hui encore une figure centrale de la mémoire européenne.

Robert Badinter la connaissait depuis longtemps, c’était une amie. "Nous étions de la même génération, mais la différence était liée à sa tragique histoire, car elle a vécu les épreuves de la déportation ; perdre les siens et les voir mourir dans un camp ce n’est pas la même chose". 

L'ancien garde des Sceaux avait préfacé Mes combats, un livre rassemblant les textes d'une vie d'engagements et de convictions que Simone Veil avait souhaité réunir et partager, dans lequel on retrouve son discours du 5 juin 1979, à l'issue de la première campagne des élections européennes au suffrage universel. "Si je m'engage aussi pleinement sur la question de l'Europe, c'est pour tirer la leçon de mon passé et en pensant à l'avenir de la France", dit-elle.

Extraits de l'entretien

Simone Veil : "Pour moi, l'Europe, c'est la réconciliation. C'est à ça qu'elle doit répondre. Donc, je ne prendrai pas parti sur les systèmes qui répondent plus ou moins, mais ça me paraît être peut être sûrement même ce qu'on a fait de mieux au XXe siècle."

Robert Badinter : "Simone Veil est entrée dans l'histoire. C'est une figure historique parce qu'elle a réussi un parcours humain tout à fait exceptionnel. Je ne parle pas des fonctions exercées ou du destin qui a été envers elle souvent très cruel.

Elle était exceptionnelle en ce sens, qu'elle a vécu le pire : l'épreuve des camps d'extermination et d'avoir vu mourir sa mère après avoir subi ce qu'elle avait subi. On conçoit très bien qu'elle soit sortie d'une telle épreuve avec un profond rejet du régime nazi, mais aussi des Allemands. 

Quand une nation entière s'est ralliée à un homme, un barbare sanglant, fou de l'antisémitisme ! L'Allemagne où a triomphé le nazisme était la nation la plus cultivée d'Europe. C'étaient des femmes et des hommes qui avait grandi dans des établissements d'éducation de meilleur ordre. C'était le pays des grandes universités. C'était Heidelberg, c'était Berlin... Ils avaient le plus grand nombre de prix Nobel de tous les Européens. C'était ça, l'Allemagne. Et j'ajouterais l'amour de la musique ! Ce pays de grande éducation et de grande culture avait sombré dans la barbarie. Et quelle barbarie !

Je rappelle que Simone Veil a été arrêtée à Nice, puis déportée, elle a vu horreurs des camps d'extermination. On aurait pu concevoir, qu'après la mort de sa mère, elle rejette tous rapports avec la nation allemande parce que ce n'est pas seulement Hitler, c'est toute l'Allemagne qui avait suivi. 

Après avoir vécu ce qu'elle avait connu dans son adolescence, elle a été capable de dépasser les blessures, les ressentiments légitimes et de dire : "C'est fini. Il n'y a pas de salut possible pour les Français, pour les Européens en général, et pour les Allemands sans cette nouvelle dimension, la dimension européenne." 

C'est admirable. Elle avait compris que l'Europe déchirée par les passions nationalistes, le racisme, l'antisémitisme, le colonialisme... L'Union européenne était la voie par laquelle il fallait changer le cours de l'Histoire.

Et si elle est devenue si profondément européenne, c'était aussi parce que c'était une rupture qui ouvrait vers l'avenir, vers un idéal qui était différent de celui qui avait conduit les nations européennes jusque-là : le nationalisme, l'idée de supériorité, la volonté de conquête impérialiste..."

La suite est à écouter...

Références

  • Extraits du chapitre Citoyenne de l’Europe lus par Sandrine Bonnaire dans "Une Vie" - autobiographie publié en 2007 chez Stock et en livre de Poche en 2009.

Et aussi

🎧 Ecoutez les émissions de Laure Adler consacrées à Simone Veil :

Bonus

Les références
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.