Elle repose désormais dans la crypte des grands hommes et grandes femmes de la Nation Ce soir l'Heure Bleue honore la mémoire de l'ancienne ministre de la santé, mère de la loi sur l'IVG et rescapée d'Auschwitz avec Annette Wieviorka.

Simone et Antoine Veil dans la cour de l'Hôtel Matignon à Paris, le 17 septembre 2010.
Simone et Antoine Veil dans la cour de l'Hôtel Matignon à Paris, le 17 septembre 2010. © AFP / JACQUES DEMARTHON

Tout au long de sa vie, Simone Veil n'aura cessé de mener des combats, d'Auschwitz où elle a été déportée, aux hémicycles, où elle a défendu ses convictions sociales et la loi sur l'avortement.

Elle repose désormais dans la crypte des grands hommes et grandes femmes de la Nation. Le 1er juillet 2018, près d'un an après sa mort, Simone Veil est entrée au Panthéon avec son mari, Antoine Veil, décédé en 2013. C'est la cinquième femme à rejoindre le monument et la première fois qu'un homme accompagne son épouse. Dans ses dernières volontés, Simone Veil avait expliqué vouloir reposer aux côtés de celui avec qui elle aura partagé 65 ans de vie commune. 

L'historienne Annette Wieviorka, spécialiste de la Shoah, rend hommage au combat de Simone Veil pour le droit des femmes mais aussi à "la façon dont elle a incarné la mémoire d'Auschwitz, avec intelligence, dignité et une justesse".

Extraits du chapitre La lumière des Justes lus par Sandrine Bonnaire dans "Une Vie" - autobiographie publié en 2007 chez Stock et en livre de Poche en 2009.

Extraits de l'émission 

Simone Veil sur l'enseignement de l'histoire : "Vous avez en charge l'éducation des jeunes générations devant. La mission qui est la vôtre est l'une des plus exaltante, mais aussi l'une des plus ardue. Notre mission, nous survivants, est accomplie. Nous avons témoigné, mais il est maintenant de notre devoir d'envisager la manière dont on enseignera la Shoah demain. Il est de notre devoir de penser la transmission de cet événement sans ces témoins rescapés, l'enseignement de l'histoire dans toute sa diversité, la forme et le contenu des recherches."

Annette Wieviorka, invitée de l'émission : "Aujourd'hui Simone Veil est pour moi, comme pour beaucoup, la femme qui a défendu la loi pour l'avortement. Mais si je l'ai un peu côtoyée, ce n'est pas pour cette raison. C'est parce qu'elle a été la grande figure qui a porté, ces trente dernières années, la mémoire de la Shoah. Elle l'a portée avec une extraordinaire dignité et une rare justesse.

Je l'ai beaucoup écoutée, je l'ai lue, je l'ai vue dans le cadre de ce qu'on appelle la mémoire, qui était pour elle une mémoire vivante, la sienne de ce qu'elle avait vécu pendant sa déportation à Auschwitz-Birkenau, et Bergen-Belsen, mais qui était aussi la mémoire de sa mère, de son frère, de son père, mais qui était aussi partie de notre mémoire à tous. 

Cette tache de gardienne de la mémoire l'a animée parce qu'elle a eu une position institutionnelle, puisqu'elle a été la première présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, qui a été créée à la suite de la Mission d'étude sur la spoliation des biens des Juifs. 

Elle avait cette position et elle a été ensuite, en quelque sorte, la porte-parole des morts et des survivants.

Quand vous me posez cette question, j'ai des images d'elle.

J'ai notamment cette image de ce 27 janvier 2005, au 60ème anniversaire de l'ouverture des camps d'Auschwitz.

Et ce jour-là, il faisait un froid polaire, ce qui n'est pas toujours le cas le 27 janvier à Auschwitz. Mais cette année-là, il faisait un froid polaire. C'était une grande commémoration. Le président Chirac était là. C'est Simone Veil qui a parlé au nom des déportés juifs, en compagnie d'un homme merveilleux qui était Vladislav Bartochevski qui a parlé au nom des prisonniers politiques polonais et de Romani Rose, qui parlait pour les Tsiganes. Je passe Poutine qui était là pour les libérateurs soviétiques. Mais je me rappelle de cette femme dans son manteau très droite, parlant comme toujours de façon très claire et nette et parlant au delà de tous les hommes politiques qui étaient présents, pour ses compagnes de déportation, et aussi pour transmettre. 

Simone Veil : "Je pense que la plupart des anciens déportés, et non seulement les anciens déportés, ceux qui ont vécu l'itinéraire des ghettos pendant très longtemps, même s'ils n'ont pas eux subi au dernier moment la déportation, en sont toujours prisonniers. Ils vivent toujours avec. Beaucoup d'ailleurs ont écrit, ils se sont exprimés sans qu'on le sache. Ils n'ont pas publié, mais ils ont eu le besoin de le dire. Mais les années passant, les faits s'imposent de plus en plus. 

Je ne crois pas du tout qu'on s'en évade, mais qu'au contraire, on est de plus en plus dedans pour des sentiments très complexes dont le principal, c'est la crainte qu'une fois que nous ne serons plus là, nous ne pourrons plus transmettre notre savoir et notre expérience, et qu'il faut donc pas laisser passer le temps."

Annette Wieviorka : "J'ai envie d'associer le souvenir de Simone Veil à celui de Marceline Loridan, puisque toutes les deux étaient très jeunes. Elles nous ont quittés pratiquement au même moment. Et effectivement, du trio qu'elles ont fait dans les camps avec Ginette Kolinka la seule qui reste parmi nous aujourd'hui, et Ginette Kolinka.

La crainte de Simone Veil. Je la partage, mais peut-être un peu différemment parce que ces hommes et ces femmes ont témoigné de toutes les façons possibles par l'écrit. C'est le cas de Simone Veil, de Marceline Loridan et c'est le cas aujourd'hui de Ginette Kolinka... Mais aussi par les multiples documentaires, les interviews...  On peut dire que le mouvement de témoignage à partir des années 1980, dont parle Simone Veil a été accompagné aussi par un formidable mouvement de recherches historiques et d'inscriptions de cet épisode d'histoire dans les programmes de l'enseignement. 

Donc, la crainte n'est pas là pour moi. La crainte est que le passage du temps rend cette histoire peut être un peu plus irréelle pour nous, nés dans l'ombre portée de la guerre, pour nos enfants qui ont eu des grands-parents qui avaient vécu la guerre, les petits-enfants de Simone Veil, par exemple. Aujourd'hui, nos propres petits-enfants ont des grands parents qui sont nés après la guerre. Et je pense que ce que l'on voit d'un point de vue global en Europe, qui est une sorte de révisionnisme rampant, de réhabilitation des figures, les pires, des nationalistes, des collaborateurs, ce qu'on voit en Hongrie, en Pologne, en Grèce en partie aussi. Peut être un peu moins en France, mais on le voit quand même un peu. 

C'est quelque chose qui est dû aussi à l'éloignement du temps. C'est dire que ceux là qui ont survécu ont vécu leur vie jusqu'au bout. Leur mort est une mort naturelle, alors que celle de Jean Veil ou de sa mère et de son père n'étaient pas des morts naturelles. Ce sont des gens qui ont été empêchés de vivre. Et c'est ça le vrai problème : cet éloignement qui fait percevoir le nazisme, la Shoah, comme quelque chose qui appartient à une histoire maintenant reculée pour les jeunes générations."

La suite à écouter...

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