Robert Linhart, auteur de "L’établi", publié en 1978, dix ans après l’effervescent printemps est à l'honneur toute cette semaine dans l'Heure Bleue.

Slogan affiché sur un mur en mai 68
Slogan affiché sur un mur en mai 68 © Maxppp / PHOTOPQR/OUEST FRANCE

L’établi, c’est aussi la table de façonnage de tout travailleur manuel, mais ce terme désignait aussi, le mouvement des "établis", composé d'intellectuels qui venaient se frotter à la vie en usine, s’immerger, temporairement ou plus durablement, dans les classes populaires, pour être au plus près de la vraie vie et réveiller les consciences. Robert Linhart fut l'un d'entre eux, en devenant ouvrier spécialisé dans l'usine Citroën de la porte de Choisy à Paris, en 1968.

"Trois sensations délimitent cet univers nouveau. L’odeur : une âpre odeur de fer brûlé, de poussière de ferraille. Le bruit : les vrilles, les rugissements des chalumeaux, le martèlement des tôles. Et la grisaille : tout est gris, les murs de l’atelier, les carcasses métalliques des 2 CV, les combinaisons et les vêtements de travail des ouvriers. Leur visage même paraît gris, comme si s’était inscrit sur leurs traits le reflet blafard des carrosseries qui défilent devant eux. L’atelier de soudure, où l’on vient de m’affecter (« Mettez-le voir au 86 », avait dit l’agent de secteur) est assez petit. Une trentaine de postes, disposés le long d’une chaîne en demi-cercle. Les 2 CV arrivent sous forme de carrosseries clouées, simples assemblages de bouts de ferraille : ici, on soude les morceaux d’acier les uns aux autres, on efface les jointures, on recouvre les raccords ; c’est encore un squelette gris (une « caisse ») qui quitte l’atelier, mais un squelette qui paraît désormais fait d’une seule pièce. La caisse est prête pour les bains chimiques, la peinture et la suite du montage." Extrait de "l’Établi" de Robert Linhart publié aux Éditions de Minuit en 1978.

Lecture de "L’établi" par Sami Frey

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