"L'Excès-l'usine"paru en 1982, le premier livre de Leslie Kaplan a fait date car il a été considéré comme une tentative singulière d'écrire l'usine plutôt que de la décrire.

Leslie Kaplan
Leslie Kaplan © Sipa / ANDERSEN

Leslie Kaplan a aussi choisi comme Robert Linhart et d’autres jeunes intellectuels de sa génération de "s'établir" successivement dans plusieurs usines de la vallée de la Seine (autour de Mantes) et à Lyon. Elle écrit "L'Excès-l'usine", inspirée par cette expérience, des années plus tard. Un ouvrage dont Marguerite Duras avait dit : " je crois qu'on n'a jamais parlé de l'usine comme vous le faites ".

"On fait des câbles près de la fenêtre. Les câbles ont beaucoup de couleurs, on les enroule en circuits. Il y a de la lumière, l’espace est mou. On va, on vient. Couloirs, oubli. On fait des câbles près de la fenêtre. Tension extrême. Le ciel, et les câbles, cette merde. On est saisie, tirée par les câbles, le ciel. Il n’y a rien d’autre.Tout l’espace est occupé : tout est devenu déchet. La peau est morte. Les dents mordent une pomme, un sandwich. On absorbe, le regard se colle à tout comme une mouche. On travaille neuf heures, on fait des trous dans des pièces avec une machine. On met la pièce, on descend le levier, on sort la pièce, on remonte le levier. Il y a du papier partout. Le temps est dehors, dans les choses." Extrait de "L'Excès-l'usine" de Leslie Kaplan aux Éditions P.O.L

"Mathias et la Révolution" est le dernier livre de Leslie Kaplan. Il raconte le récit d’une journée prérévolutionnaire. Celle de Mathias qui traverse Paris, il y a des émeutes, il fait des rencontres, il pense à la Révolution Française pour imaginer une révolution possible aujourd’hui : comment s’extirper du capitalisme néolibéral pour prendre en compte le collectif et le commun ? Dans ce roman polyphonique, personne n’est un révolutionnaire professionnel mais chacun essaie d’agir différemment dans son domaine. Comment vivre ensemble ici et maintenant ?

Slogan, le 3 mai 1968
Slogan, le 3 mai 1968 © Getty / GERARD-AIME /Gamma-Rapho

"Si tout tenait vraiment ensemble, on serait dans un livre. Comme dans un livre. Entre deux couvertures. Ou est-ce que tout part en morceaux. Est-ce que moi je pars en morceaux ? Peut-être. Pas sûr. De toute façon, je ne le dirai pas. Je ne dirai pas, Je pars en morceaux. Quand on dit un mot, ça fait exister la chose. Tout le monde le sait mais tout le monde ne le croit pas. Il y en a trop, des cyniques. Les cyniques ne croient pas aux mots. Ils croient qu’ils peuvent manipuler les mots sans que ça ait un effet sur eux. Ils sont cons. Ils se trompent. « Les malheureux sont les puissances de la terre. » Faut voir. Faut voir. Je ne délire pas, j’ai envie de délirer. C’est différent. Il s’étira, ferma les yeux, pencha la tête et s’endormit d’un seul coup." Extrait de "Mathias et la Révolution" de Leslie Kaplan aux Éditions P.O.L

Lecture de "L’établi" par Sami Frey

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