Michelle Zancarini-Fournel a voulu "écrire l'histoire des gens de peu". Son récit, engagé et rigoureux fait entendre la voix des "sans-voix" et notamment des femmes.

Des ouvriers grévistes qui occupent les usines Renault posent, poings levés, pour le photographe à l'intérieur de l'établissement à Boulogne-Billancourt au mois de mai 1936 lors des grandes grèves qui ont marqué le gouvernement du Front populaire en 1936.
Des ouvriers grévistes qui occupent les usines Renault posent, poings levés, pour le photographe à l'intérieur de l'établissement à Boulogne-Billancourt au mois de mai 1936 lors des grandes grèves qui ont marqué le gouvernement du Front populaire en 1936. © AFP / AFP

"Les luttes et les rêves - une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours" raconte trois siècles de guerre sociale, d’espoirs et de révoltes bien souvent réprimés dans la violence. C’est cette histoire de la France "d’en bas", celle des classes populaires et des opprimé-es de tous ordres, que retrace ce livre, l’histoire des multiples vécus d’hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants, l’histoire, comme le titre du livre de Michelle Zancarini-Fournel, de leurs luttes et de leurs rêves.

Pas plus que l'histoire de France ne remonte à "nos ancêtres les Gaulois ", elle ne saurait se réduire à l'"Hexagone". Les colonisés - des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l'Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l'Indochine - prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant-es qui, accueilli-es "à bras fermés", ont façonné ce pays.

"Les heures de gloire de mon père avaient sonné à la Libération. Ouvrier qualifié, aîné de sa fratrie, surtout préoccupé pendant la guerre du ravitaillement de ses parents et de ses nombreux frères et sœurs, il appartenait à une milice patriotique qui eut à son actif, en 1944, quelques sabotages ou freinages de la production dans son usine métallurgique qui travaillait pour les Allemands. Lors des grèves de 1947, il avait fait partie du cortège qui, avec un régiment mutiné, précédé par une automitrailleuse, avait marché sur la préfecture de la Loire. Il gardait une nostalgie de la dissolution par le Parti des milices patriotiques et pensait qu’à ce moment historique, la révolution avait été possible mais qu’elle avait été trahie par les intellectuels et les socialistes au pouvoir. Son pire ennemi était le ministre de l’Intérieur d’alors, Jules Moch. En tant que responsable syndical CGT, mon père a, entre 1948 et 1953, été renvoyé de toutes les entreprises au bout de quelques jours ou de quelques mois pour les plus petites boîtes, et j’ai le vague souvenir de fins de mois difficiles qui se ressentaient dans notre assiette. Il dut se résigner, après des mois de chômage, à se réorienter et à quitter l’usine qui semblait pourtant avoir été son arbre de vie. (...) Munie de ce viatique -sans aucun doute partiel et enjolivé par la mémoire- et ayant pris des chemins de traverse dans ma jeunesse contestataire, j’ai fait de l’histoire ma profession et des hommes et des femmes des classes populaires, aux parcours plus variés qu’il n’y paraît dans l’idéologie, mes sujets de recherche. Ce livre leur est dédié." Extrait de l'introduction du livre de Michelle Zancarini-Fournel "Les luttes et les rêves - une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours" aux Éditions la Découverte, collection « Zones

Lecture de "L’établi" par Sami Frey

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