Françoise Dolto a accompagné bien des parents dans l'éducation de leurs enfants. Cette grande dame, morte il y a 30 ans, aurait eu 110 ans cette année.

Caroline Eliacheff, psychanalyste et pédopsychiatre, le 13 avril 2013 à Nantes.
Caroline Eliacheff, psychanalyste et pédopsychiatre, le 13 avril 2013 à Nantes. © AFP / Bruno Coutier

A sa grande surprise, Caroline Eliacheff s'est aperçue que le nom de Françoise Dolto n’évoquait pas grand-chose chez ceux et celles nés dans les années 1980-1990 ou même plus tard. Les trentenaires ne savent pas ce qu’ils lui doivent, alors même que leurs parents sont de la "génération Dolto", qui l’a écoutée à la radio. Comme ils sont en âge aujourd’hui d’être parents, pour elle, il n’était peut-être pas inutile qu’ils découvrent que tant de choses qui leur paraissent aller de soi n’allaient justement pas de soi ...

Qui était Françoise Dolto ? Que reste-t-il de son œuvre trente ans après sa mort ? 

Dans "Françoise Dolto : une journée particulière", Caroline Eliacheff évoque les multiples facettes de celle qui fut à la fois une clinicienne de génie, une théoricienne méconnue, la femme d’un seul homme, mère de trois enfants, et une citoyenne engagée dans son époque. Une journée particulière sans hiérarchie aucune, où la célèbre psychanalyste est tour à tour femme, mère et professionnelle. Une journée, située sans plus de précision au cours du premier semestre de l’année 1979, où tout est vrai. Son carnet de rendez-vous de cette année-là n’a pas été conservé, laissant à l'auteure, la liberté d’agencer les choses parfois en les condensant, parfois en les diluant, jamais en les inventant. Pourquoi cette année-là ? Pour de bonnes et de mauvaises raisons. Réponses ce soir dans l'Heure Bleue. 

Boris, le médecin kinésithérapeute de génie chez qui les danseurs et acrobates du monde entier venaient se faire réparer, est tombé en se levant. Elle a dû l’aider, et il n’aime pas ça. Elle non plus, d’ailleurs ; elle préférait quand il essayait, sans succès, de la rendre jalouse ! De tous les humains qu’elle a rencontrés, il est le plus intelligent et le moins cartésien… Il est russe. Elle devrait peut-être travailler moins et s’occuper davantage de lui, mais il n’en est pas question. Lui, qui a passé sa vie à recevoir des patients, à enseigner, à lire et à s’informer de tout, reste maintenant à la maison entre sa chambre et le salon. Lectures (un peu) et télévision (beaucoup), il ne sort quasiment plus. Depuis que leurs trois enfants devenus adultes sont partis, le salon coupé en deux, où Catherine et son frère aîné Grégoire dormaient autrefois, a retrouvé sa première destination. C’est là qu’on peut voir les statuettes de chouettes en tous genres (effigies de la déesse de la Guerre et de la Défense des cités), cadeau facile pour ceux qui savent que Françoise affectionne cet animal doux et mystérieux qui ne lui ressemble que par un trait physique : les yeux ronds. Françoise a préparé le petit déjeuner (pain grillé, beurre, confiture de fraises, fruits et café), qu’ils prennent ensemble dans la cuisine, mais le téléphone sonne déjà. Elle décroche dans le couloir, n’ayant pas eu le temps d’atteindre son bureau. Tiens ! C’est la voix de la jeune femme qui l’a réveillée à 2 heures du matin. L’échange avait été bref : Madame Dolto, je ne vous connais pas, mais je vous appelle parce que je vais me suicider ! Ah bon, vous êtes vraiment décidée ? Oui… Mais alors, pourquoi vous m’appelez ? La personne avait raccroché … Françoise s’était rendormie presque aussitôt, tout en pensant qu’elle devrait vraiment mettre sa ligne téléphonique sur liste rouge. Au moins la jeune femme n’est-elle pas morte, c’est déjà ça. Ce matin, elle lui présente ses excuses et… la remercie : elle a reçu un choc, personne n’avait osé la mettre face à ses contradictions – ce n’était pas la première fois qu’elle appelait en catastrophe un psychanalyste qu’elle ne connaissait pas. Elle a saisi quelque chose qu’elle ne savait pas sur elle-même. Il est temps qu’elle aille enfin consulter « quelqu’un », mais qui ? 

Extrait de "Françoise Dolto : une journée particulière" aux Editions Flammarion 

Pastille : Catherine Dolto 

Choix musical : Jeanne Moreau : "J’ai la mémoire qui flanche" 

Archives :

  • Archive Ina du 5 décembre 1979 : Françoise Dolto à propos de la poupée 
  • Archive Ina du 5 février 1997 : Ginette Raimbault à propos de l’enfant malade dans la famille 

Générique : Veridis Quo des Daft Punk 

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