En hommage à cette grande dame du cinéma français, qui vient de nous quitter. Première réalisatrice femme de La Nouvelle Vague, compagne de Jacques Demy pendant des années, photographe, documentariste, plasticienne, Agnès Varda a été l'auteure de "Cléo de 5 à 7', "Sans toit ni loi", "Les Glaneurs et la Glaneuse"...

Agnès Varda (1928-2019) photographe, réalisatrice et documentariste française.
Agnès Varda (1928-2019) photographe, réalisatrice et documentariste française. © Getty / Michael Kovac

Agnès et toutes ses vies« C’était une regardeuse de génie. Une fervente admiratrice de ceux qu’on appelle « les gens de peu » et qui élève leur vie avec presque rien au rang d’un art. C’était une enthousiaste, une « goulue » même de la vie sous toutes ses formes ; elle savait tout faire avec ses mains : coudre, broder, cuisiner… bien sûr, tenir un appareil photo et une caméra. Modeste, elle disait qu’elle avait eu beaucoup de chance et qu’elle n’avait jamais eu de plan de carrière, mais qu’elle avait rencontré les bonnes personnes au bon moment. Les fées n’ont pas toujours été là, et de ses adversités, elle a fait des avantages pour pouvoir à chaque fois les surmonter et retrouver un art de filmer, de raconter. J’admirais qui elle était, ce qu’elle était. Nous sommes nombreuses et nombreux à la pleurer aujourd’hui, à la fois parce qu’elle était un artiste, et je pèse mes mots, une artiste de génie, mais aussi parce qu’elle nous faisait du bien. Elle était réparatrice de nos âmes, elle nous cicatrisait les blessures du cœur, grâce à la générosité de ses films et à tout ce qu’elle nous offrait. Le temps de deuil n’est pas encore venu. Ce soir nous allons rediffuser un entretien que nous avons fait chez elle, rue Daguerre, par un beau dimanche ensoleillé… c’était le 29 janvier dernier. Et, nous allons diffuser une émission que nous n’avons jamais mise à l’antenne, que j’avais enregistrée avec elle le 29 juin 2017… c’était au moment du film "Visages, Villages" avec son ami JR. Agnès Varda avait plusieurs vies. Ce soir, premier hommage. Nous reparlerons un peu plus tard, à la fin du printemps, d’Agnès et toutes ses vies. Paix à son âme » – Laure Adler

Elle est née Arlette Varda, car elle a été conçue à Arles... Elle aimait plaisanter sur ce sujet, affirmant que si elle avait été conçue à Pau, elle se serait appelée Paulette... Arlette Varda a fini par changer de prénom : devenant Agnès. Elle a grandi en Belgique, puis en France à Sète, est venu étudier l'Histoire de l'art à l'Ecole du Louvre et aux Beaux-Arts de Paris, et a commencé sa carrière dans la photographie. Elle photographia pour le théâtre : Jean Vilar, Gérard Philipe, les premières années du Festival d'Avignon...

Agnès Varda, ce fut aussi une rencontre avec le cinéma. A l'époque, dans les années 1960, les femmes étaient rares dans ce milieu, surtout à la réalisation. Mais Agnès tourne Cléo de 5 à 7, en 1961, un film infiniment subjectif et intimiste, où nous suivons pratiquement en temps réel, deux heures de la vie d'une femme, une jeune chanteuse, qui cherche à tuer le temps en attendant, angoissée, les résultats d'un examen de santé. Depuis le film est devenu culte dans l'histoire de La Nouvelle Vague.

Il me semblait alors que beaucoup de “révolutions littéraires” n’avaient pas leur équivalent à l’écran. Aussi me suis-je inspirée, pour mes recherches, de Faulkner, de Brecht, essayant de briser la construction du récit, de trouver un ton à la fois objectif et subjectif, de laisser au spectateur sa liberté de jugement et de participation.

Extrait d'un entretien qu'elle donna au quotidien Le Monde en 1962

Féministe, Agnès Varda s'engagea en 1971 pour la légalisation de l'avortement. 

Visionnaire, elle a toujours cherché à faire tomber les barrières entre les genres, notamment entre le documentaire et la fiction. Un désir que l'on peut retrouver bien concrètement dans ses films Jane B. par Agnès V., Les Glaneurs et la Glaneuse, ou encore Les Plages d'Agnès... 

Humaniste, elle a beaucoup tourné de sujets sociaux, permettant aux invisibles d'apparaître à l'écran, comme dans Sans toit ni loi (l'un des premiers films de Sandrine Bonnaire, en 1985), mais aussi Les Glaneurs et la Glaneuse, et Visages Villages réalisé avec le photographe JR en 2018. 

Force de la nature, Agnès Varda a continué à tourner des films jusqu'au crépuscule de sa vie. Son tout dernier film-documentaire Varda par Agnès (2019), devait être pour elle son ultime témoignage sur le cinéma. Plus aucune conférence, masterclass ou interviews... 

J'ai trop répondu à des questions qui concernent mes films ou d'autres films. Je ne veux plus répondre à des questions sur le cinéma.

Adieu Agnès (1928-2019)
Adieu Agnès (1928-2019) / Cine Tamaris 2018

Au programme de cette émission :

  • En première partie, nous rediffusons le dernier entretien d'Agnès Varda pour L'Heure Bleue, enregistré le 27 janvier 2019, juste avant qu'elle ne parle à Berlin, pour présenter son dernier film Varda par Agnès au festival de cinéma la Berlinale. 
  • En seconde partie d'émission, un moment inédit avec Agnès Varda, à propos de son film avec JR : Visages Villages (enregistré le 29 juin 2017) et jamais diffusé pour la radio.

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Les invités
  • Agnès VardaPhotographe, réalisatrice, scénariste, monteuse et plasticienne
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