Magda a été gravement brûlée lorsqu'elle avait quelques mois. Sa mère se consacre à elle, on lui dit qu'elle est bien soignée. En somme, elle a une chance folle.

Anne Godard
Anne Godard © Jean-Frédéric Debec

On avait découvert la plume sensible et talentueuse d’Anne Godard avec son premier roman "L’Inconsolable" qui évoquait le deuil complexe d’une mère après la mort de son fils. Il a fallu attendre une dizaine d’années pour découvrir le deuxième, "Une chance folle" aux Editions de Minuit, qui questionne à nouveau la figure de la mère mais, cette fois, avec Magda, qui, après avoir été gravement brûlée lorsqu'elle avait quelques mois, ne se souvient pas de l'accident. Sa mère en a noté les circonstances dans un carnet. Toute son enfance, les opérations, les pansements, les cures thermales se succèdent. Au fil des pages, la jeune femme prend conscience qu’elle n’a pas accès à ses propres souvenirs, et se libère d’une emprise étouffante et toxique. Se métamorphose. A découvrir ce soir dans l'Heure Bleue !

"(...)Car elle avait souffert, ma mère, plus que moi semblait-il, de mon accident. C’est ce qu’on me disait toujours, dès que je racontais ce que ma mère m’en avait dit. Et pendant si longtemps, sans même penser que quelque chose clochait dans ce récit qui ne venait pas de moi, mais d’elle, c’était d’elle que je parlais, avec ses mots à elle, ceux qu’elle me répétait chaque fois que je lui demandais, encore et encore, dis-moi comment cela est arrivé, dis-moi comment je me suis brûlée. Oui, dis-moi comment je me suis brûlée. Pas une fois je ne me suis demandé si c’était juste de dire je, de dire me, comme si c’était moi qui l’avais voulu, moi qui l’avais fait. Puisque c’était ainsi qu’elle me le racontait, puisqu’elle était la seule à qui je pouvais demander, maman, dis-moi encore comment je me le suis fait. Dès le début c’était fixé, dans ce cahier où elle notait les heures des biberons et le poids que je prenais, presque tout de suite, elle avait écrit, je ne peux pas dire ce qu’elle avait vécu, car ça jamais je ne le saurai, mais ce qu’elle voulait se rappeler, ce qu’elle racontait, déjà, à tous ceux qui l’interrogeaient.(...)". Extrait de "Une chance folle" d'Anne Godard aux Editions de Minuit.

Pastille sonore : Nicolas Trigeassou libraire au Square à Grenoble

Choix musical : Portishead : "Roads"

Musique : La tempête Beethoven par María Joao Pires, au piano

Archive INA :

  • Archive Ina du 18 octobre 1989 (au micro d’Alain Veinstein) : Nathalie Sarraute à propos de sa manière de concevoir l’écriture
  • Extrait du film Des journées entières dans les arbres, archive Ina du 15 décembre 1977 : Marguerite Duras parle du rapport entre sa mère et ses enfants

Générique : "Veridis Quo" par Daft Punk

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