Dans "Elsa mon amour", Simonetta Greggio romance la vie de l’écrivain italienne Elsa Morante.

Simonetta Greggio, romancière en 2011.
Simonetta Greggio, romancière en 2011. © AFP / Ulf Andersen / Aurimages

Elsa Morante est assez peu connue en France. Ecrivain, essayiste, poète et traductrice, elle fut l'épouse d'Alberto Moravia, une autre grande figure de la littérature italienne, avec qui elle restera mariée jusqu’à la fin de sa vie. En 1957, avec L’île d’Arturo, elle sera la première femme récompensée par le prix Strega, l’un des plus prestigieux prix italien attribué tous les ans en Italie. La Storia, son œuvre la plus connue, figure dans la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps.

Le dernier ouvrage de Simonetta Greggio permet de la découvrir pour certains, de mieux la connaître pour d’autres. "Elsa mon amour" est donc l’histoire romancée de la vie de cette italienne et pas une biographie. Ecrit à la première personne du singulier, l’auteure imagine Elsa Morante à la fin de sa vie, écrivant une sorte de journal autobiographique.

Il pleut. La pluie perce la treille. Mes cahiers ouverts en sont tout tachés. Je me souviens. Un jour, en rédigeant l’une de mes nombreuses lettres d’amour à l’aviateur Lindbergh, j’ai laissé tomber quelques gouttes d’eau sur ma page pour qu’il croie que je pleurais en pensant à lui. Dans cette lettre, je lui disais que je n’acceptais pas de très bons partis à cause de lui. Mon cœur et mon corps lui appartenaient, il n’avait qu’à les cueillir selon son bon vouloir. Je signais Velivola. J’avais sept ans. 

Risquer ma vie à chaque amour. Tout remettre sur la table chaque fois, comme un joueur de poker. Tout sacrifier, parce que face à l’amour rien n’a de valeur. Ce que je promettais, je l’ai tenu, n’est-ce pas, mon Beau, mon Bill chéri ? Tu ne peux l’ignorer. Même l’écriture vient de là. Je n’ai jamais cherché la simplicité. Je ne l’ai jamais trouvée, d’ailleurs, même par hasard. Maria Callas disait que je ne tombais amoureuse que d’homosexuels. De quel pupitre vient le prêche ! Elle, elle s’est trompée sur Pasolini autant que sur Visconti. C’est parce que Visconti a été séduit -oh, juste un instant !- par elle, qu’il m’a jetée comme une guenille. Elle s’y est bien tordu le cœur elle aussi, va. Mais que croyait-elle ? Que parce qu’elle avait travaillé comme une forcenée pour devenir une diva, LA DIVA, et qu’elle était devenue belle, elle serait aimée ? 

Tous ces hommes qui aiment les hommes -Visconti, Pasolini, Penna, et même toi, Bill. Tous ces hommes qui ne savent pas aimer les femmes- Fellini, Saba, Pavese, Moravia. 

Et moi là-dedans ? Et nous, petite Callas ?

Extrait de "Elsa mon amour" aux Editions Flammarion

Martin Rueff traducteur de l’italien du "Petit manifeste des communistes, sans classe ni parti" aux éditions Rivages 

Choix musicaux : 

Lhasa : "El desierto" 

Caterine Caselli : "Desiderere" 

Extraits de films : 

  • "Fuocoammare, au-delà de Lampedusa" de Gianfranco Rosi 
  • "La Dolce Vita" de Federico Fellini  

Archives

  • Archive Ina du 24 mai 1980 : Federico Fellini à propos de l’approche comique de ses films 
  • Archive Ina du 15 novembre 1966 (au micro d’André Sylvain Labarthe) : Pier Paolo Pasolini  commente l’engagement politique
  • Archive Ina du 9 mai 1998 (journal télévisé de France 2 ) : Extrait commémoration d’Aldo Moro de 1978 

Générique : Veridis Quo des Daft Punk 

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