L’Heure Bleue vous propose d’écouter Edgar Morin à travers une lecture de son fameux texte "Autocritique" en première partie, avant de retrouver le témoignage de l'éminent sociologue en deuxième partie. Retour sur les origines d'une auto-réflexion intellectuelle que son auteur a souhaiter rendre accessible à tous.

Edgar Morin, sociologue, médiologue et philosophe en conférence à Montauban le 7 février 2020.
Edgar Morin, sociologue, médiologue et philosophe en conférence à Montauban le 7 février 2020. © AFP / Patricia Huchot-Boissier / Hans Lucas

Edgar Morin, "autocritique d'une déconversion" 

Sociologue et philosophe français, Edgar Morin ausculte depuis des décennies notre monde contemporain. En recherche de changement et d’amélioration des sociétés, du monde et de l’individu, Edgar Morin s’interroge en permanence.  

Cette série d'émissions vous propose de redécouvrir l'homme Edgar Morin, son œuvre, ses convictions, son parcours, son foisonnement intellectuel, ses défis, ses contradictions, ses changements de paradigmes à travers une de ses œuvres en particulier, où il se confie comme jamais auparavant : Autocritique (publiée en 1959) est une autobiographie où il entend se repentir par les mots au début des années 1960, sur ses idéologies communistes.

Dans ce premier épisode, (re)découvrez son vécu à l'époque de l'avant guerre, sa jeunesse et son entrée dans le parti communiste par la lecture de Nicolas Bouchaud de certains passages des premiers chapitres "Avant-propos" et "Le Chemin des écoliers".

Un texte par lequel il exprime énormément de choses sur l'idée d'engagement, d'humanisme, de valeurs, de citoyenneté. Au milieu du XXe siècle, Edgar Morin n'est alors un jeune intellectuel qui livre déjà un vrai exercice de lucidité et de courage. Il parle de sa vie, de son rôle dans la Résistance, comme du combat qu'il mène jusqu'à aujourd'hui pour l'Europe et toutes les voix de solidarité et de citoyenneté. 

▶︎ Cette émission est une rediffusion du 3 décembre 2018

Extraits "Avant propos"

J'avais endossé une armure que rien, pendant dix ans, n'a pu briser [...] J'ai chevauché l'histoire, j'étais au Parti communiste. [...] Je veux repartir à la recherche de la vérité, me nettoyer afin de voir clair à travers moi-même et par-delà moi-même

Extraits "Le chemin des écoliers"

Une première partie où il retrace ses premières questions existentielles, admises à partir de l'enfance, faisant déjà face à l'adversité, les premières difficultés d'un enfant qui perd sa mère, très jeune. 

C'est ainsi que pour bien longtemps furent exaspérées en moi les deux tendances contraires et conjointes, s'entredétruisant et s'entre-ranimant sans cesse : la négation sceptique et l'espérance illimitée

Il est très vite confronté à ce déséquilibre entre le doute, la solitude et la culpabilité qui deviennent les ferments de sa vie mentale dans un climat de contestation de la société, où attitudes révolutionnaires, communistes ou anarchistes se cristallisent les unes contre les autres. 

Mais le mécanisme qui devait pousser tant d'entre nous, jeunes petits bourgeois, à tenter de nous libérer, s'était enclenché dans le sens du communisme 

Arrive 1938, où les atermoiements de la géopolitiques sont tels que, comme bon nombre de ses contemporains, une peur viscérale le saisit et le conduit à réfuter absolument l'idée même de "guerre" : 

J'étais attiré dans le bouillon de culture des minorités de gauche pacifistes, libertaires, trotskistes. Progressivement, le socialisme m'apparaissait comme une idée concentrant paix, liberté et fraternité.

C'est après les accords de Munich de 1938, qu'il prend conscience de l'utopie impossible à laquelle il s'est irrésistiblement accrochée. Au moment de la montée fasciste et nationaliste, le communisme international ne lui apparait plus comme étant si évident que cela. 

J'émergeais à un monde livré aux premières convulsions de la grande violence. [...] Il fallait éviter que le socialisme d'Etat prenne la forme stalinienne ou hitlérienne

C'est ainsi qu'il trouve la source de ses faiblesses et de ses résistances ultérieures, souhaitant agir dans le sens de l'histoire, pour humaniser l'histoire, époque durant laquelle il s'ouvre à toutes les disciplines des sciences humaines et que son regard autocritique et intellectuel commence à se forger. 

Origines du divorce avec le communisme soviétique 

Il raconte comment le rapport de Khrouchtchev, qui a permis la destanilisation progressive du régime, a conditionné son changement idéologique, de même que l'Octobre polonais de 1956, ou encore la Révolution hongroise de la même année ont été autant d'évènements charnières pour lui. 

En 1958, je me suis décidé à m'interroger sur moi-même

Il s'est mis à remettre en question tout ce dont il refusait de voir en l'Union soviétique, croyant pendant longtemps que ce modèle idéologique permettrait de donner naissance à une merveilleuse civilisation fraternelle et socialiste. 

Auto-examen d'une déconversion intellectuelle

Il a souhaité écrire ce livre pour réfléchir sur les raisons profondes qui l'ont conduit à opérer dit-il "cette déconversion" : 

J'ai voulu faire un auto-examen critique sur moi-même. J'ai voulu dire pourquoi, je me suis trompé

Au cours de cet examen, il examine son évolution intellectuelle face à ce qu'il appelle "la force destructrice des évènements historiques", qui selon lui, "ne modifient pas seulement les destins individuels mais modifient la pensée même des gens".

Il raconte comment il s'est senti changer progressivement et comment il a fini par prendre conscience qu'il était tombé dans une sorte d'engrenage qui conduit à combattre les idées contraires de celles pour lesquelles on combat au départ. 

Une auto-critique plus que jamais d'actualité ?

Il fait entendre que cette remise en question à laquelle il s'est soustrait à partir du milieu du XXe siècle, peut être opérée à toute époque, particulièrement aujourd'hui, prenant l'exemple des migrants, des réfugiés, des enjeux des puissances financières, les nouvelles manières de concevoir l'humain, les sondages, la dégradation des anciennes solidarités, pour ne citer qu'elles, soit la permanence de ce qu'il nomme "des forces de régression terrible".

On voit le retour des vieilles barbaries de l'histoire humaine : la cruauté, le mépris, la haine de l'autre, la torture, l'agressivité, les boucs émissaires… On voit cette barbarie qui revient dans l'histoire et qui, parfois, recule

▶︎ La suite à écouter…

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