Les polémiques ont pu parfois faire oublier qu’il est un observateur hors pair de la société algérienne.

L'écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud le 20 février 2017.
L'écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud le 20 février 2017. © AFP / JOEL SAGET

Kamel Daoud était déjà depuis longtemps l'un des éditorialistes incontournables de l'Algérie. Mais c'est sa chronique dans La Repubblica en janvier 2016 à la suite des agressions de Cologne qui a enflammé le Web mondial où il y soulignait la misère sexuelle sévissant dans le monde arabo-musulman. Elle ne figure pas dans ce livre "Mes indépendances : chroniques 2010-2016", un recueil de quelque 180 chroniques publiées dans le Quotidien d'Oran, (troisième quotidien national francophone d’Algérie), où l'on retrouve surtout la longue réflexion qu'il y a mené avec des mots durs mais juste sur le régime fossilisé de l'Algérie, l’enfermement du corps de la femme, l’indépendance confisquée, l’autoritarisme politique ...

"Écrire une chronique par jour vous impose, aussi, une discipline, une sorte de mode veille permanent, constant et tellement attentif. Une vigilance secrète que l’on développe peu à peu. Vous vous levez avec une partie de votre cerveau qui flaire les parages, cherche l’idée dans la tourbe, s’attarde sur des parfums ou des traits de visages, sur des lignes d’actualité. Chacun, dans ce métier, avait ses artifices pour contrer le blanc de la feuille : regarder, par exemple, le Jt stalinien de la tV algérienne provoquait toujours un effet de rejet riche en mots et déclamations. Rien n’est plus inspirant que l’esthétique redondante de la dictature et ses produits dérivés (langue de bois, célébrations figées, tV, discours, candidats, factotums d’administrations, élections, etc.). D’autres cherchaient l’inspiration (cette vieille secrétaire du siècle, démodée comme les timbres) dans les fréquentations nocturnes, les excès, la lecture de journaux ou les comparaisons des bilans, le loufoque universel, le livre rare (on s’adosse à la littérature pour commenter le monde), ou le vide national d’un pays coincé entre un régime mort-vivant et des islamistes en armes ou en mode caché. Le vide comme esthétique ?". Extrait de "Mes indépendances : chroniques 2010-2016" - Préface de Sid Ahmed Semiane aux Éditions Actes Sud

Pastille sonore : Sofiane Hadjadj

Choix musical : Jacques Brel avec "Les vieux amants"

Archive INA du 23 avril 1965 (au micro de Jean Paget) : Kateb Yacine à propos de la difficulté de mettre en lumière la réalité d’un peuple à travers une langue étrangère à la sienne.

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

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