Deuxième épisode consacré aux premiers engagements politiques d'Edgar Morin, à travers la lecture du second chapitre de son ouvrage "Autocritique". Il se confie notamment sur ce tournant fondamental, où ses idéaux communistes ne firent plus qu'un avec les principes de la Résistance durant la Seconde guerre mondiale.

Photo prise dans les années 70 du philosophe et sociologue Edgar Morin.
Photo prise dans les années 70 du philosophe et sociologue Edgar Morin. © AFP / Michèle Bancilhon

Les engagements politiques d'Edgar Morin sont nombreux et depuis son jeune âge. Du début de la guerre à son entrée dans la résistance en passant par sa formation politique et intellectuelle des années 1930-1940, découvrez dans ce deuxième épisode, les premiers combats politiques d’Edgar Morin où il raconte, dans Autocritique, le début de la guerre et la théorie du communisme. 

▶︎ Cette émission est une rediffusion du 4 décembre 2018

Chapitre "La Vulgate ou l'heure de Stalingrad" : du communisme en temps de guerre

La France est en pleine exode et descend du nord au sud désespérée, ébahie. Il n'a que 19 ans lorsqu'il se retrouve pour la première fois livré à lui-même en face d'une des tempêtes les plus sombres de l'histoire de France. Il commence à cultiver le sens de la camaraderie avec les autres jeunes déracinés comme lui, et vantant le pacifisme absolu et universel. 

Nous vivions dans une sorte de temps mort : le monde se déchire dans les convulsions de la mort et de l'enfantement. Devant moi, un tunnel sans fin…

Il raconte comment la fatalité de l'histoire a contribué à accroitre sa mentalité sacrificielle pour l'idéal collectif, mais retardant du même coup "ses prises de conscience à la fois stimulées et freinées par ce conflit jamais résolu entre son cœur et sa raison". 

Bien que prenant le parti des révoltés, des vaincus, des persécutés, des idéalistes, il exprime son regret d'avoir subi le fait accompli de la guerre avec autant de résignation et de fatalisme. Alors enfermé dans un complexe de pessimisme immédiat et d'espoir messianique au moment où tout s'écroulait en juin 1940. 

D'abord nourri par les petits courants socialistes anti staliniens d'avant guerre, il subissait les déterminations qui transformèrent les anti staliniens d'avant guerre en staliniens de guerre, emportés dans la marée de sang de 1940-1944. Bien qu'anti-stalinien repenti, il était l'un de ces nombreux adolescents pour qui, devenir communiste, allait de soi pour devenir un homme. Toute autre pensée était assimilée au néant. C'est ainsi qu'il raconte comment il en est venu, comme beaucoup d'autres, à combiner la vie au sein du parti communiste, avec celle de la résistance non communiste. 

Il raconte comment il a longtemps été plongé dans un "existentialisme naïf" nourri par le seul souci de l'action, et comment les grandes contradictions philosophiques ou morales s'estompaient et devenaient des contradictions sans en prendre véritablement conscience. 

L'adhésion au parti signifiait bien plus qu'une décision politique ou éthique, c'était une forme de réconciliation avec soi-même et avec le monde

La ligne du parti se posait toujours en un absolu universel, en un idéal révolutionnaire qui invitait à accepter la violence nécéssaire de l'histoire. La violence était le prix pour accéder au pacifisme. Il évoque cette "psychologie de guerre" qui lui a fait accepter une certaine idée du stalinisme : la guerre au service de la fraternité universelle.

Ce qui nous faisait horreur dans le stalinisme au temps de la paix, nous semblait être désormais le seul remède à l'horreur de la guerre

Il était acquis à l'idée que d'infernales méthodes peuvent contribuer à accoucher du progrès. La dialectique de la liberté pouvait exiger la terreur contre les ennemis de la liberté : "Nous étions naturellement amenés à discréditer toute morale autonome".

Il ne manque pas de relater les excès, les erreurs, les bêtises, souvent trop simples, et brutaux pour défendre corps et âme une idéologie prête à tous les sacrifices individuels au nom du socialisme universel. 

Le chemin d'un communiste vers la Résistance

Comment Edgar Morin est rentré dans la Résistance ? Il retrace intégralement son parcours qui lui a permis d'allier ses idées communistes avec les idéaux d'une Résistance qui lui a permis d'honorer autrement son idéal d'une paix et d'un sentiment de solidarité collective universels : 

Une seconde lecture qui a eu un vif retentissement. D'abord parce que c'était le premier exercice d'un intellectuel qui exprimait pourquoi et comment il s'était aussi auto-aveuglé par une doctrine qui justifiait la guerre pour atteindre un idéal dont les principes s'opposaient à la mécanique du communisme de guerre. Mais aussi parce que ce texte revêt une contemporanéité aujourd'hui, par rapport à tout processus d'aveuglement ou de domination par des forces extérieures ou intérieures. 

C'est lorsque la guerre devient mondiale que tout change dans l'esprit du grand penseur. Très vite, il commence à participer à de nombreuses petites actions contre Vichy : 

À ce moment-là, quelque chose a commencé à fermenter en moi : l'espoir d'un monde meilleur incarné au départ par l'Union soviétique s'est solidifié dans le gaullisme et la Résistance. Il y avait quelque chose en moi qui se mettait en mouvement

Surtout quand l'armée allemande envahit la zone sud à la suite des débarquements anglo-saxons en Afrique du Nord. Je me suis fait faire une vraie (fausse) carte d'identité, je suis devenu un total clandestin". 

Quant le communisme épouse les idéaux universels de la Résistance 

Son engagement dans la résistance lui a permis de s'affilier à une même idée de solidarité internationale et d'appartenance que celle initialement défendue dans le cadre du Parti communiste. Un sentiment de solidarité internationale, viscéral, qu'il cultive depuis l'adolescence. Même s'il admet avoir cédé à une forme de désillusion, d'aveuglement durant sa jeunesse, celle-ci s'est retrouvée altérée par le contexte sensible, de guerre de ses jeunes années. Il explique qu'il a adhéré au communisme parce que c'était avant tout "un mouvement de libération mondiale de l'humanité dans son principe". 

Aujourd'hui encore, tout en me considérant comme français, patriote, je me sens citoyen du monde, sensible à toutes les souffrances que subissent les opprimés. J'ai gardé toutes les inspirations de mon adolescence et je crois avoir perdu toutes des illusions

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