Jorn de Précy et Teodor Cerić sont autant de noms sous lesquels il clame son amour pour la rose, l’oranger et le jasmin. L'écrivain-jardinier Marco Martella est ce soir notre invité, à l’occasion de la parution de son nouveau livre “Fleurs” (Actes Sud)

Campanules
Campanules © Getty / Brad Kavo

A Rome, son jardin constitue une enclave où il prend plaisir à répéter longuement des gestes monotones. Quand il n’a pas les mains dans la terre, Marco Martella les utilise pour écrire sur les plantes. Tantôt vieillard, tantôt jeune homme, il utilise des hétéronymes qui fractionnent son identité et déploient l'historicité de son amour pour les jardins, dont il ne fait pas de doute qu'ils ont une âme. 

Les romains déjà croyaient au génie des lieux : un dieu particulier pour chaque endroit, avec lequel il fallait dialoguer si on voulait s’y établir. 

C’était un dialogue avec le lieu lui-même personnifié sous les traits d’une divinité.” 

D’où la tendance animiste du jardinier, à l’image de Colette qui s’adressait aux plantes comme à des êtres pensants. Et d’où l’importance, pour le jardinier comme pour le visiteur, de s’inscrire dans une expérience poétique du monde lorsqu'il investit ces lieux.

Se pose la question de celui à qui il appartient et de celui qui le transforme : 

Un bon jardinier est conscient du fait que le jardin ne lui appartient pas vraiment. Comme un livre : une fois qu’il est publié, il appartient aux lecteurs.”

L’analogie entre nature et littérature trouve son prolongement dans la lisière, cette zone de frontière entre deux mondes régis par des lois différentes, que poursuit Marco Martella, dans le jardinage comme dans sa pensée.

La lisière est un endroit où se développe une grande biodiversité à partir du mélange de corps qui n’auraient pas dû se rencontrer, explique-t-il. Une forme de créativité, ou de tension, que l’on retrouve dans la littérature, à la frontière entre réel et fiction. 

Prenant le jardin comme matrice de pensée, Marco Martella le voit comme le lieu même de l’utopie, dont dépendent aujourd’hui jusqu’aux romans qui nous élèvent. Il nous ramène jardin premier, Eden : 

Puis l'Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé.

Conscient que la position du jardinier est ambigüe par essence, puisqu’il agit sur le vivant et tente d’une certaine façon de la maîtriser, Marco Martella insiste sur l’importance de trouver un équilibre avec le vivant, dans un rapport qui facilite pour l’homme l’acceptation de sa propre finitude. 

Raison de plus pour se plonger dans son dernier livre “Fleurs” (Actes Sud), où elles exhalent le souvenir nostalgique de l’enfance, d’une rencontre, d’un éblouissement, comme autant de concentrés de vie.

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