En 1988, Simone et André Schwartz-Bart écrivent à quatre mains “Hommage à la femme noire”, fragments de vie d’héroïnes afro-descendantes oubliées de la grande histoire. Alors qu'il reparaît en 2021, Simone Schwartz-Bart est dans l'Heure Bleue.

L’écrivaine, Simone Schwarz-Bart lors de l'édition 2021 du festival des Étonnants voyageurs à Saint-Malo.
L’écrivaine, Simone Schwarz-Bart lors de l'édition 2021 du festival des Étonnants voyageurs à Saint-Malo. © Maxppp / PHOTOPQR/OUEST FRANCE/Marc OLLIVIER

Lors d’un séjour à Dakar où ils prêtent l’oreille aux contes des griots, Simone et André Schwartz-Bart se surprennent à penser que les présences féminines n’apparaissent qu’à travers quelques bribes d’histoires sur les peines et les gloires des reines passées. 

Princesses africaines, chanteuses de blues ou figures de la lutte antiraciste… Ils commencent alors à collecter les histoires d’héroïnes afro-descendantes bloquées à la porte de la légende. L’enjeu de l’ouvrage : montrer comment ces femmes ont résisté, alors qu’elles étaient tout à fait ordinaires, et suggérer ainsi au lecteur son propre potentiel de révolte. 

Il faut s’indigner à chaque fois qu’il y a raison de l’être, et c’est le cas si souvent aujourd’hui.

Publié à l’origine en six volumes, “Hommage à la femme noire” (Caraïbéditions) reparaît en 2021 dans un format plus condensé, mais dont le fond, explique Simone Schwartz-Bart, répond encore pleinement à la nécessité de notre époque de connaître l’histoire de l’esclavage, et surtout de reconnaître les esclaves et leurs descendants comme des individus, plutôt que comme une masse humaine qui a été déportée.

Cet éclairage sur un peuple anonyme qui n’a pas eu droit à sa propre histoire offre une reconquête de l’individualité, à travers des portraits, qui est aujourd’hui nécessaire.

Née en Guadeloupe, Simone Schwartz-Bart raconte son enfance auprès d’une mère qui pleurait tous les soirs en la berçant l’absence de son mari, resté en France métropolitaine pour sa carrière militaire. 

Elle se sentait orpheline sur la terre. Comme dans le blues : like a motherless child. Elle s’est sentie abandonnée de Dieu et des hommes à cause de la guerre qui lui a pris jusqu’à son mari.

Avec cet “Hommage à la femme noire”, c’est tout un arbre généalogique que reconstruit Simone Schwartz-Bart, pour elle et pour toutes les femmes et les hommes afro-descendants qui ne connaissent pas leurs ancêtres au-delà de leurs grands-parents. Grâce à sa force narrative, elle permet à toute une population de se réapproprier le passé qui lui a été confisqué.

Il nous arrive à nous Antillais de temps en temps de douter de la réalité de notre histoire.

Avant la publication de ce livre, Simone Schwartz-Bart s’était déjà illustrée par ouvrages qui ont profondément marqué la littérature antillaise, notamment "Pluie et vent sur Télumée Miracle" (1973) et "Ti Jean l'horizon "(1979). 

En 2006, son compagnie de vie et d’écriture André Schwartz-Bart, lauréat du prix Goncourt pour le “Le Dernier des Justes” en 1959, décède. Simone Schwartz-Bart se ferme alors au monde, plongée dans une atonie dont seule l’écriture la sauvera.

C’est comme si j’avais abandonné ma vie en me fermant ainsi et qu’il n’y avait plus pour moi de soleil.

Elle raconte son long chemin vers la reconquête de sa propre existence, grâce à l’écriture qui lui permet de ressusciter par les mots cette personne qui l’a accompagnée toute sa vie. Même après sa mort, André existe comme co-auteur des livres publiés par Simone, tant l’écriture a été, et demeure, pour les époux Schwartz-Bart, une expérience commune. Elle conclut par ces mots : 

Trois pas en arrière du succès, trois pas en arrière du bonheur, toujours fidèle à lui-même, à son histoire, à son peuple.

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