Jérôme, Mia, Eric… Leurs voix résonnent dans cette Heure Bleue consacrée au bilan d'une année éprouvante physiquement et mentalement. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre à l’origine du concept de résilience, est ce soir notre invité.

Boris Cyrulnik neuropsychiatre à Paris le 19 septembre 2019.
Boris Cyrulnik neuropsychiatre à Paris le 19 septembre 2019. © AFP / Ludovic MARIN

Auteur du récent ouvrage “Des âmes et des saisons : psycho-écologie” (Odile Jacob), le neuropsychiatre Boris Cyrulnik réagit ce soir aux témoignages de trois personnes, différemment atteintes par la covid-19 cette année.

Il est à l’origine du concept de résilience, définie comme la faculté humaine  “à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité”, qui a constitué tout au long de la pandémie une précieuse grille de lecture pour tenter de comprendre la nature du traumatisme, les possibles conséquences sur l’humain, et la manière dont ce dernier pourrait parvenir à s’adapter à ce nouvel environnement. 

Maladie, distanciation sociale, isolement, deuil empêché… Le confinement, protection physique nécessaire pour la survie, constitue en même temps une redoutable agression psychique. Jérôme, médecin urgentiste touché par la covid-19 très tôt dans la pandémie, raconte le déni face à sa propre maladie. 

Il y a quelques semaines encore, ce monstre n’avait pas de nom.” 

Comment, lorsqu’il perd progressivement le souffle, il minimise. Et comment, en tombant à l’hôpital sur un urgentiste, comme lui, il réalise le mal dont il est atteint. 

Le souffle nous rattache à la vie, tout simplement, et quand il nous manque, c’est toute la vie qui s’en va.

Après chaque catastrophe, Boris Cyrulnik parle d'une “explosion de littérature”. C’est au tour de Marc de nous livrer la lettre adressée à sa mère Renée, privée l'EHPAD où elle vit à La Rochelle des visites de ses proches, qu’elle peine à reconnaître derrière leurs masques, puis sous leur charlotte à l’hôpital où elle est emmenée : 

Est-ce que ça valait le coup de priver tous nos aïeux de leurs proches dans la fin de vie ?

Mia, enfin, décrit la douloureuse procession de cercueils qui défile sous ses yeux alors qu’elle vient de perdre son père : ils seront enfouis sous la terre sans un adieu. 

Il s’agit là d’un problème éthique fondamental pour Boris Cyrulnik, qui rappelle que le rituel de deuil est primordial et existe dans toutes les cultures sous des formes très variées. Après les attentats du Bataclan, la prise en charge immédiate des victimes a permis de diminuer considérablement les syndromes post-traumatiques. Aujourd’hui, la “réouverture du monde” ne doit pas invisibiliser l’ampleur de ce que nous venons de traverser.

Boris Cyrulnik rejette le terme de “crise”, qui vient de terme médical, et lui préfère celui de “catastrophe” : 

On constate qu’après chaque catastrophe, on peut soit rétablir le processus d’avant, comme après la première guerre mondiale où on a en fait préparé la seconde, soit aller vers un changement de la société, qui s’impose à nous de toute évidence. Il faut tout repenser.” 

Musiques : 

  • Pink Floyd, "Wish you were here"
  • Serge Reggiani, "Le temps qu’il reste"
  • Françoiz Breut, "Dérives urbaines dans la ville cannibale"

Témoignages : 

  • Jérôme Vidal, médecin urgentiste, victime du covid, raconte une nuit au sein de l’hôpital
  • Marc, dans une lettre à sa mère, pose la question du temps
  • Mia Hansen Love, réalisatrice, raconte la disparition de son père

Générique Veridis Quo des Daft Punk 

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