Deux femmes extraordinaires dans l'Heure Bleue, l'une, Marie Richeux, qui publie "Sages femmes" (Sabine Wespieser Éditeur) et Chantal Birman, qui est au cœur d'un documentaire, "À la vie", signé par Aude Pépin. La soirée sera passionnante.

une femme enceinte accueille la sage-femme lors de sa visite à domicile.
une femme enceinte accueille la sage-femme lors de sa visite à domicile. © Getty / Sturti

Marie Richeux est productrice et animatrice radiophonique, on lui doit Par les temps qui courent diffusé sur France Culture notamment. Elle vient ce soir pour nous parler de son roman Sages femmes.

Dédiée aux femmes, cette fiction débordant largement l'autobiographie remonte une lignée familiale légendaire de filles-mères en explorant « l'incroyable répétition de leurs destins ». Elle interroge en profondeur la maternité et le mystère entourant la naissance de ces « trois générations unies par le travail du fil ». 

La narratrice, jeune mère qui ne se sépare jamais de son carnet gris, note les images lui restant de ses songes et est de plus sans cesse sollicitée par la question que lui adresse sa fille Suzanne âgée d'à peine trois ans : « Elle est où sa maman? ». Elle est aussi hantée par le socle d’une statue de la Vierge rencontrée au milieu du causse, où elle découvre l’inscription Et à l’heure de notre ultime naissance : elle décide dès lors d’en explorer la mystérieuse invitation.

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Chantal Birman a pratiqué en tant que sage-femme pendant 49 ans. Elle découvre sa vocation à 17 ans dès sa première année de médecine. En 1967, au cours de son premier stage comme étudiante sage-femme, elle est confrontée aux conséquences tragiques de l’avortement clandestin pour la santé des femmes et s'engage dans le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception. Elle réalise des avortements clandestins, avec des femmes de la société civile. 

Réalisé par Aude Pépin, "A la vie" offre une photographie rare de la maternité et de ce moment délicat qu’est le retour à la maison, et des difficultés rencontrées alors par les mères, un sujet tabou dont on parle si rarement. Chantal Birman est la protagoniste centrale de ce superbe documentaire qui remporte la 10e édition du Festival international du film indépendant de Bordeaux.

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'entretien 

L’annonce de la grossesse : une déflagration proche d’un deuil

Marie Richeux : "Tomber enceinte est le trip extatique le plus puissant qui soit. 

La narratrice de mon livre voit son cœur battre sur le carrelage de la salle de bain et vivre quelque chose de plus grand que ce qu’elle ne pensait jamais pouvoir vivre. 

C’est un véritable rendez-vous avec la vie et avec la mort. L’acuité de cette journée-là rejoint celle des jours de deuil. On est vivant comme à l’instant où l’on dit au revoir à quelqu’un à jamais. J’ai trouvé que c’était un vertige incroyable."

De la difficulté de penser le "devenir mère"

Marie Richeux : "Ma narratrice n’en revient pas. Il y a quelque chose de l’impossible, de l’impensable. C’est pour cette raison qu’il faut toujours que devenir mère reste un choix. Avoir un enfant recompose tout. C'est difficile à accueillir. On devient une mère au moment du test de grossesse, à l’accouchement ou à 10 ans... Cela dépend de chaque femme." 

Devenir mère : une construction

Marie Richeux : 

Il y a bien sûr dans le corps des choses naturelles qui se passent autour de la maternité. Mais devenir  mère est une construction. 

Et il reste important que le féminisme continue de réclamer le droit à l’être ou à ne pas l'être. Le féminisme d’aujourd’hui réinterroge la maternité, et en cela, l'époque passionnante à vivre."

La vocation et le métier de sage-femme

Chantal Birman : "J’ai eu envie de devenir sage-femme par mouvement intérieur venu du social. Je suis issue d'une famille extrêmement modeste, mais où la seule valeur était la culture. Je n'ai jamais souffert des conditions sociales, même si je me rendais compte que c’était dur pour mes parents. 

On avait peu de mètres carrés mais les discussions étaient grandes.

Etre sage-femme, c’est avoir la chance de penser le corps des femmes et de ce que c’est que d’être à deux dedans. Ce qui est une expérience très particulière. On ne mesure avec justesse ce qu’il se passe pendant la grossesse. Si on réfléchissait à la fragilité que cela provoque, on construirait autrement les berceaux de l’humanité."

Une recherche dans les archives familiales déclenchées par le livre

Marie Richeux : "L’écriture du livre a déclenché une envie de recherche sur l’histoire des filles-mères de ma famille. Comme de devenir mère d’une fille ou de voir une statue très étrange de la vierge en Lozère, mais aussi la découverte des courtepointes, ces tissus à l’effigie de la Vierge trouvés dans les greniers de l’hôtel-Dieu à Reims, l’idée d’un peuple de femmes, ou d’indigents… On y soignait des gens pauvres ou des femmes que l’on cachait qui avaient enfreint la morale patriarcale ou religieuse. Mais au-delà de mes aïeules, ces personnes m’intéressaient pour penser les raisons pour lesquelles ces femmes dérangeaient."

La partie délicate et douloureuse du travail de sage-femme : l’enfant mort-né

Chantal Birman : "On dit toujours dans les déclarations, l’enfant né sans-vie. La naissance d’un enfant mort reste un chagrin immense, même si aujourd’hui, grâce à l’évolution des technologies, l’annonce est presque toujours faites au préalable. Souvent la femme a bénéficié d'un dialogue en amont avec une psychologue ou une sage-femme. Mais entre l’annonce et la prise de conscience de la mort, le moment peut-être long. Il faut que les femmes osent, si elles le veulent, demander à voir ce bébé. Parfois je propose aux femmes de le mettre sur leur ventre."

Le reste à écouter...

Programmation musicale

  • Summertime, Janis Joplin 
  • A change is gonna come, Ottis Redding
  • Le poids de l’existence , Emily Loizeau

Extraits : 

  • A la vie d’Aude Pépin ( 2021) 
  • Archive Ina du 6 avril 1975 ( dans Questionnaire émission TV de Jean Louis Servan Schreiber) :Simone de Beauvoir explique sa formule « on ne naît pas femme on le devient »
  • Archive Ina du 14 mars 1979  ( au micro de Monica Mourot Bertin ) : Françoise Dolto à propos du rôles des sages-femmes à la naissance
  • Archive du 21 décembre 1995  ( au micro d’Anne Lise David ) : Nadine Lefaucheur à propos de l’évolution du statut de la sage-femme dans l’Histoire
  • Archive Ina du 19 août 2018  ( au micro de Christine Gonzales ) : Annie Ernaux raconte l’histoire de sa mère
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