Amour, solitude, musicalité et quête de l’invisible : la cinéaste Mia Hansen-Løve est ce soir l’invitée de l’Heure Bleue, à l’occasion de la sortie de son film “Bergman Island”, en compétition officielle à Cannes.

La réalisatrice, scénariste et critique de cinéma Mia Hansen-Løve le 13 décembre 2018 à Paris.
La réalisatrice, scénariste et critique de cinéma Mia Hansen-Løve le 13 décembre 2018 à Paris. © AFP / Lionel BONAVENTURE

Alors qu’elle suit au lycée un cours de théâtre, Mia Hansen-L_ø_ve participe par hasard à un casting pour un film d’Olivier Assayas. Elle n’a pas l’ambition d’être actrice, mais le cinéma lui apparaît alors comme un échappatoire au tumulte adolescent. 

Je ne savais pas ce que je voulais faire, mais je savais ce que je ne voulais pas faire.”

Elle reprend à son compte une réplique du film qui la révèle à l’écran en 1998, “Fin août, début septembre.” Fille de professeurs, elle cherche à échapper à cette voie toute tracée et poursuit son désir d’aventure. Malgré sa peur d’être ramenée à ses propres angoisses -le destin des femmes et la solitude- elle réalisera plus tard un film sur sa mère, incarnée par Isabelle Huppert, 

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_En fait, le film a été pour moi joyeux et libérateu_r."

Tout est pardonné”, “Un amour de jeunesse”, “Eden”... Jamais l’écriture de Mia Hansen-L_ø_ve n’épouse le dévoilement autobiographique, mais il flirte sans cesse avec lui. La fiction, très vite, lui apparaît comme une façon de s’emparer du réel, et de s’en libérer. 

Mes films cherchent toujours à aller à la lumière, ils ne peuvent pas refermer le réel sur lui-même.

La solitude dans le sentiment amoureux apparaît comme une thématique obsessionnelle dans le cinéma de Mia Hansen-L_ø_ve, qui l’explique par sa difficulté à faire le deuil d’un premier amour qui l’a hantée pendant des années. Faire des films est alors une manière de donner du sens à sa vie. 

Il y a toujours eu ce lien organique profond, entre le sentiment amoureux et l’acte créatif.

Après ses débuts avec Olivier Assayas, Mia Hansen-L_ø_ve conquiert une forme de pouvoir par la caméra. Elle qui ne supportait pas les regards sur son corps d’actrice réalise dès son premier court-métrage qu’elle a besoin des autres pour construire son cinéma en autodidacte : tout l’équilibre d’un film se situe entre la mélodie que l’on a en tête et dont on veut se rapprocher, et l’écoute nécessaire de la musique propre des comédiens.

J’ai compris qu’ils étaient la transition entre ce que j’avais à dire et l’expression finale.”

Si la musique constitue dans chacune de ses œuvres une échappée belle qui vient briser le silence parce qu’elle donne accès à un endroit spirituel que l’on ne peut pas atteindre par un autre médium. La musique soutient la quête de l’invisible qui trace le fil conducteur de la filmographie de Mia Hansen-L_ø_ve.

Mes films évoquent souvent des personnes disparues. Que reste-t-il d’elles ? Le cinéma a-t-il le pouvoir de faire revivre des personnes disparues ? Peut-on atteindre une forme de vérité sur ce qu’ils ont été ?” 

Son dernier film, “Bergman Island”, sélectionné en compétition officielle du festival de Cannes, se déroule sur l’île de Farö, tellement identifiée à Ingmar Bergman qu’elle en est devenue une sorte de parc d’attractions à la gloire du cinéaste.

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Ce projet émerge dans son esprit en 2014, et Mia Hansen-L_ø_ve se rend chaque année sur l’île depuis. Elle balaye avec sa caméra ce paysage, que l’on a découvert fouetté par le vent dans les films de Bergman, et qui apparaît presque doux, filmé par la cinéaste. 

Je me suis sentie tout de suite chez moi. Je n’ai jamais revendiqué dans les films l’héritage bergmanien.” 

Alors que l’omniprésence de Bergman en ces lieux aurait pu être écrasante, Mia Hansen-L_ø_ve transforme l'idolâtrie voué au réalisateur en ingrédient de son vaudeville moderne. Une femme qui vit dans l’ombre de son mari cinéaste s’empare de ce décor - lieu même de la puissance créatrice masculine - pour vivre sa mue. 

Musiques : 

  • Daft Punk, "One more time"
  • Matt McGinn, "Coorie Doon"
  • Jacques, "Vous "

Archives : 

  • Archive Ina du 9 avril 1966 (au micro Roger Régent) : Marguerite Duras à propos de la théâtralité du cinéma
  • Archive Ina du 29 avril 1977 (au micro de Bernard Pivot) : Roland Barthes à propos de la solitude dans le sentiment amoureux
  • Archive Ina de 1973 : Ingmar Bergman à propos de sa vision de l’âme
  • Archive Ina du 31 octobre 1955 : Ingrid Bergman à propos de son amour pour la Suède et la nature enfant, de son père qui la filmait

Générique Veridis Quo des Daft Punk 

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