Dès qu’elle a ouvert les yeux, elle a voulu être quelqu’un d’autre. Immense succès littéraire en Amérique du Sud, le roman Les Vilaines (Editions Métailié) de Camila Sosa Villada nous plonge dans l’existence onirique d’un groupe de trans prostituées à Cordoba.

Portrait de l'écrivaine Camila Sosa Villada
Portrait de l'écrivaine Camila Sosa Villada © Alejandro Guyot

On dit d’elle qu’elle a travaillé comme prostituée, vendeuse de rue, femme de chambre. De son passé, Camila Sosa Villada ne renie rien : 

Toutes les mauvaises choses qu’on raconte sur moi sont vraies.

Elle raconte comment, née à La Falda en Argentine dans le corps d’un garçon, elle a passé toute son enfance avec le sentiment de ne rien avoir à attendre de la vie. Comment, dès l’adolescence, elle s'est élevée contre sa propre famille et contre son pays pour affirmer son identité de femme. 

Alors qu’elle vit à Cordoba, une province située en plein cœur de l’Argentine, elle commence des études de communication sociale et de théâtre, et finit par abandonner les deux. Elle entre dans le milieu de la prostitution par le portail du parc Sarmiento, et c’est tout un monde qui s’offre à elle.

J’ai été prostituée très jeune, et en plus du métier, j’ai appris sur ce que ça signifiait pour une fille de mon âge de vendre son corps dans la rue. J’ai eu honte, par seulement en ce qui concerne le sexe, mais en apprenant ce qu’est l’être humain.” 

Femme oiseau, hommes sans tête, enfant baptisté “Éclat des Yeux”... L’écriture que déploie Camila Sosa Villada dans son roman “Les Vilaines” (Editions Métailié), traduit de l’espagnol par l’écrivaine Laura Alcoba, est empreinte d’un réalisme magique qui donne à voir toute l’intensité, mais aussi la difficulté, du parcours des trans aujourd’hui. 

Portrait de Laura Alcoba, écrivaine et traductrice du livre de Camila Villa Sosada “Les Vilaines” (Métailié)
Portrait de Laura Alcoba, écrivaine et traductrice du livre de Camila Villa Sosada “Les Vilaines” (Métailié) / Francesca Mantovani

Le regard que j’avais, jeune, sur les personnes trans ? Je n’avais pas le sentiment qu’elles étaient réelles. C’était à cause de la manière dont elles attiraient l’attention des gens, presque magique.” 

Avec onirisme, elle trace le portrait de ces femmes très solidaires qui luttent pour avoir un droit à l’existence, dans un pays qui paradoxalement refuse de les voir et les désire en même temps. Comme si l’écriture constituait l’étape finale de sa mue. 

Plutôt qu’une résurrection, la littérature m’a offert une réincarnation”

Ecrire, pour Camila Sosa Villada, c’est la tentative désespérée de raconter ce qui leur est arrivé à elles, comme famille. C’est aussi la possibilité de faire un monde, de revenir en arrière et d'opérer des changements, de retrouver une place. 

Non pas changer l’histoire, mais la mémoire.

Musiques : 

  • Mercedes Sosa, "Gracias a la vida"
  • Ella Fitzgerald, "Round Midnight"
  • Laura Cahen, "Coquelicot"

Archives : 

  • Extrait du film Ecrire de Benoit Jacquot de 2001 : Marguerite Duras à propos de la peur et de la solitude dans l’écriture
  • Archive Ina non identifiée : Jorge Luis Borges sur la prose et la poésie, la poésie est plus proche de lui que sa prose
  • France Info le 17 septembre 2020 ( journaliste Anne Cohen) : Reportage  Argentine, une loi de discrimination positive en faveur des transsexuels

Générique Veridis Quo des Daft Punk 

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