Ce soir c’est la dernière émission de notre série sur Romain Gary, et c’est avec Nancy Huston que nous allons passer cette heure.

Il y a 20 ans, Nancy Huston s’est attachée à arpenter l’œuvre de Gary, elle en a fait un livre, violent et plein de colère, un livre qui porte un autre regard sur ce que Gary donnait à voir de lui-même, c’est-à-dire un macho, aux manières extravagantes, aux accents prétentieux et à l’éloquence frisant la loghorrée. Pendant des mois, Nancy Huston s’est penchée sur cet homme qui se détestait et qui était un tissu de contradictions. Gary a beaucoup menti, il s’est sans cesse réinventé et Nancy Huston s’est justement posée la question de son identité, l’identité comme le fait de coïncider avec soi-même, d’être un.

Pour Nancy Huston, Gary est un des personnages les plus rétifs à la compréhension. Jamais lui-même. Insaisissable. Il glisse toujours entre les mains. On ne l’attrape jamais. Toujours un autre ou des autres. Et pourtant, toute sa vie Romain Gary a été hanté par l’idée de l’imposture. Et paradoxalement c’est quand il sera Ajar qu’il se libérera de tout ce que Gary retenait prisonnier. C’est quand il sera Ajar, qu’il assistera à sa propre résurrection, qu’il deviendra sa propre créature et non plus celle de sa mère. Il était Katsev écrivant sous le masque de Gary, écrivant sous le masque de Pavlovitch, écrivant sous le masque d’Ajar. Trois fausses identités pour un seul homme.

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