Après la démission du président de la région grand-est hier, les présidents de région auraient le blues ?

Ce n'est pas toujours la grande forme... Philippe Richert démissionne avec un vrai problème local : des alsaciens lui reprochent d'avoir noyé l'Alsace dans cette grande région issue de la fusion de la Champagne-Ardenne, la Lorraine et l'Alsace... Encore un départ après Christian Estrosi, Bruno Retailleau et Jean-Yves Le Drian qui ont préféré se consacrer à d'autres fonctions...

Pourquoi des présidents de régions auraient-ils le blues ?

Parce que les relations avec l'Etat sont excécrables... Jeudi, le gouvernement a supprimé un fonds de 450 millions d'euros promis par Manuel Valls aux régions pour le soutien aux PME... Hervé Morin, président d'une Normandie réunifiée a fait le calcul, ce sont 25 millions d'euros en moins pour le développement économique... Parfois, l'organisation de ces nouvelles régions redessinnées dans le bureau de François Hollande pose souci : la semaine dernière Philippe Richert nous confiait que la fusion de les 3 régions de l'est (alignement des salaires et des statuts des agents, déménagements, harmonisation des politiques) que tout cela prenait autant de temps que pour mener des politiques publiques ! "On bosse comme des fous, alors quand vous avez le choix vous vous interrogez... ... Pour Alain Rousset, président de la Nouvelle Aquitaine, il faudra 6 ans, un mandat entier pour boucler la fusion de 3 régions chez lui...

Sans oublier l'immensité de certains nouveaux territoires..."Mon bureau c'est ma bagnole" nous dit Hervé Morin qui fait au minimum 12.000 kilomètres par mois... Et quand vous appelez Alain Rousset vous êtes à peu près sûr de le trouver en voiture, comme hier midi... Sa région va de la Touraine au plateau des Millevaches à la frontière espagnole et au massif central...

A entendre les président de régions, Emmanuel Macron ne serait pas un décentralisateur ?

Pour Hervé Morin "Emmanuel Macron est très jacobin parce qu'il n'a jamais été élu" et écoutez ce que me disait Philippe Richert la semaine dernière pince-sans-rire... "Nous les présidents de région sommes l'ancien monde" alors que les autres (comprenez les nouveaux élus En Marche souvent jamais élus) ont la verve, la culture et l'éloquence"... Mais très vite, finie l'ironie et Philippe Richert ne cachait pas ses inquiétudes "on est dans une situation exsangue que notre bonne gestion ne permet plus de compenser"... Alain Rousset résume joliment la situation : l'Etat transfère de nouvelles compétences aux régions sans leurtransférer les budgets et sans leur permettre d'avoir une fiscalité autonome, c'est le syndrôme de Stokholm (l'otage qui ne peut plus se passer de son geôlier) et le syndrôme de Tanguy (le jeune adulte qui préfère rester à l'abri chez Papa Maman)...

Mais certains ont décidé de rester...

Valérie Pécresse en Ile-de-France, Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes par exemple... Hervé Morin n'échangerait pas son fauteuil de président contre un ministère est persuadé qu'il y a des choses à faire : "je mets 3 heures pour décider là où l'Etat met 6 mois"... L'aquitain Alain Rousset se dit que la contrainte l'oblige à évaluer constamment son action régionale et que c'est stimulant... Une façon de positiver même si, pour le moment les régions françaises demeurent des nains politiques et économiques... Rien à voir avec les Länder allemands ou les collectivités espagnoles...

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