Les soupçons ne concernent pas un parti particulier, pas une génération particulière, pas un niveau de pouvoir particulier.

Comme si, effectivement « le pouvoir était l’aphrodisiaque ultime» dixit Kissinger ce qui est partiellement le cas.

Le pouvoir, parce qu’il se conquiert, transforme parfois ceux qui l’exercent en conquérants, qui ne voient plus de limites à leurs envies de conquête mais surtout, plus profondément, le milieu politique souffre d'avoir été trop longtemps un milieu où seuls les hommes exerçaient le pouvoir et où les femmes se trouvaient en infériorité hiérarchique (collaboratrices ou leurs assistantes) - ou dans une situation de dépendance comme les journalistes, car une journaliste a besoin d’informations.

Rare ont été les femmes politiques placées au-dessus d’hommes dans la hiérarchie.

Pas d’évolution en la matière

L’accession de femmes à de hautes responsabilités change peu à peu le regard des messieurs, mais depuis 1958, il y a eu 10 élections présidentielles au suffrage universel et seules deux femmes se sont qualifiées pour un second tour - et battues. Il y a eu vingt-trois premiers ministres, mais seulement une femme l'a été. Jamais de Présidente de l’Assemblée ou du Sénat, jamais de secrétaire générale de l’Elysée. 

La situation du harcèlement en politique s’améliorera quand cet univers sera plus paritaire, que la parité sera numérique et effective, et donc ressemblant à la société. Car si la libération de la parole reste nécessaire, elle n'est plus la priorité.

Des témoignages, nous en avons déjà. Nous ne découvrons pas la question du harcèlement, des gestes ou des mots déplacés en politique. L'affaire DSK, c’était il y a plus de 6 ans. La tribune de femmes journalistes politiques c’était il y a deux ans et demi. L’affaire Baupin révélée par Mediapart et France Inter c’était il y a un an et demi. Michel Sapin avait aussi été mis en cause mais il n’y avait pas eu ce tsunami.

Libération massive de la parole

L’affaire Weinstein montre que des femmes prétendument « fortes », des stars de cinéma pouvaient aussi être victimes. On a lu aussi des témoignages de journalistes harcelées, de salariées dans des PME, des pharmacies, d’usagères des transports en commun. Cette deuxième vague de témoignages hors-politique invalide certains propos entendus après les affaires DSK ou Baupin :

« C’est limité aux hommes politiques / Certaines femmes aiment les hommes de pouvoir / Certaines journalistes sont prêtes à tout pour avoir une bonne info ».

Comme l’explique le sociologue Eric Fassin dans Le Monde, la société ouvre les yeux et réalise que le harcèlement ne les concerne pas seulement « eux » mais aussi « nous ». Avec cette libération massive de la parole dans tous les milieux, on voit bien que ces « excuses » ne sont plus valables pour excuser des débordements injustifiables. Comme comparer #balancetonporc à de la délation - Bruno Le Maire a fait un mea-culpa en la matière - comme ces discours encore trop entendus sur le thème « La France est un pays de séduction et de séducteurs ».

Mais la séduction n’est pas la possession. La députée Insoumise Clémentine Autain explique qu'en ce moment se joue « la nature de la séduction et de la sexualité entre hommes et femmes. Et qu’avec deux individus pleinement sujets, la relation est d’une autre nature ». 

La parité réelle en politique y compris au plus haut niveau contribuera à casser ce stéréotype de la femme objet.

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