L’humeur politique de Frédéric Métézeau, chef du service politique de France Inter… Ce matin, on parle d'Emmanuel Macron et du village global ?

Cette semaine Emmanuel Macron a parlé... À la tribune des nations unies et sur CNN avec cette phrase définitive "democracy is not in the street" (la démocratie ce n’est pas la rue) mais au-delà du message lui-même, ce "moment" new-yorkais confirme qu'Emmanuel habite le village global, le village planétaire. L'expression est signée du sociologue canadien Marshall Mac Luhan il y a 50 ans pour parler d'un monde transformé à l'époque par la télévision et le téléphone. Aujourd’hui les réseaux et le téléphone portable ont encore rapproché les terriens mais pas complètement et c’est là qu’Emmanuel Macron commet, me semble-t-il, plusieurs erreurs. Depuis son élection, c’est toujours depuis l’étranger qu'il tape sur les doigts des Français qui ne penseraient pas comme lui… En Roumanie "les Français détestent les réformes", en Grèce "les fainéants, les cyniques, les égoïstes" et donc aux Etats-Unis "la démocratie ce n’est pas la rue". Ce sermon à distance a fortiori en anglais ajoute une distance symbolique à la distance réelle entre Emmanuel Macron et la France. Il parle loin et en plus sur CNN ou dans Quotidien de Yann Barthès qui ne sont pas des médias de masse et apparaissent plutôt amicaux avec lui : CNN jugée pro-démocrate aux Etats-Unis, Quotidien "devenue un relais de communication entre le pouvoir exécutif et la jeune génération" comme l'expliquait hier L'Opinion A l'aise à New York comme dans n'importe quelle commune de France, dans des médias présumés bienveillants, Emmanuel Macron accentue son image d’homo-numericus libéral et mondialisé alors même que l’acceptation de la mondialisation libérale est aujourd’hui l’un des clivages les plus profonds en France…

Avouez-le Frédéric, vous êtes comme plein de journalistes politiques déçus qu’Emmanuel Macron ne leur accorde pas d’interviews à « l’ancienne » dans des médias plus « traditionnels » comme France Inter…

Même pas ! Ce petit problème médiatique est surtout un problème politique pour lui car avec son mode d’expression, Emmanuel Macron ne rassure pas ceux qui ont voté pour lui par défaut ou qui n'ont pas voté pour lui… Il leur donne même des arguments... Tiens, on le voit avec l’actualité politique de ce weekend : aujourd’hui la France Insoumise descend dans les rues de Paris contre la réforme du code du travail dictée selon eux par une mondialisation injuste qu'incarnerait Emmanuel Macron...Demain, les élections sénatoriales : la droite qui espère garder sa majorité a fait campagne sur ce président qui coupe les budgets aux collectivités locales et qui négligerait "la France d'à côté", cette France qui ne regarde pas spontanément CNN et qui se sent oubliée, décrochée. À tous ceux-là Emmanuel Macron parle pour leur taper sur les doigts ou bien ne parle pas.

Il ne leur parle pas mais il se montre ?

Oui ! Hier, Emmanuel Macron a encore joué une saynète à l'Américaine pour signer les ordonnances sur le code du travail, la voix couverte par le bruit des appareils photos Emmanuel Macron a prononcé quelques mots convenus vite oubliés. Cet été on l'a vu habillé en pilote d'avion, en sous-marinier, en joueur de l'Olympique de Marseille. Emmanuel Macron s'adresse surtout aux Français depuis l'étranger alors qu'en France il ne leur donne qu'à voir.

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