Ce matin, Emmanuel Macron sera-t-il un Européen contrarié ?

Mardi à la Sorbonne, Emmanuel Macron a prononcé son deuxième grand discours européen depuis la rentrée... 3 semaines après celui d'Athènes et vous aurez noté qu'il a choisi des cadres majestueux, dans la lignée de son discours de victoire au Louvre : la colline de la Pnyx face à l'Acropole, le grand amphithéâtre de la Sorbonne, l'Elysée assume cette solennité pour que les discours aient le même souffle que les lieux, lieux de culture, de connaissance, de débats... On est loin de la salle de presse impersonnelle du quartier européen de Bruxelles... Comme au théâtre, le décor est aussi important que le texte...

Il y a aussi l'acteur et l'intrigue, Frédéric, que nous dit Emmanuel Macron de son Europe ?

Il y a 3 semaines les grandes lignes... Mardi les mesures plus concrètes... Emmanuel Macron évite de parler techno, il préfère des mots riches de sens "il faut en finir avec la glaciation", "il faut de l'audace"... Un conseiller du président m'expliquait aussi qu'il comptait beaucoup sur les relations personnelles que le chef de l'Etat a nouées avec les dirigeants européens... Ce que n'avait pas fait selon lui Nicolas Sarkozy et François Hollande... surtout qu'une partie d'entre eux sont de la même génération... Le belge, le luxembourgeois, l'estonien (Emmanuel Macron était hier à Tallin), le grec Tsipras, tous enfants des années 70...

Ce n'est pas le cas d'Angela Merkel ?

Pas vraiment ! "Mutti", la maman comme on la surnomme en Allemagne mérite plus que jamais son surnom et elle reste incontournable... La différence d'âge n'est pas un problème en revanche, les ambitions européennes du Président de la République pourraient être contrariées par la future coallition allemande... Angela Merkel pourrait s'allier au parti libéral FDP très hostile aux propositions d'Emmanuel Macron notamment un véritable pilotage politique et budgétaire de la zone euro...

Il pourrait aussi être contrarié par le projet de budget présenté cette semaine ?

Emmanuel Macron le répète, seule une France transformée pourra réformer l'Europe et seule une France crédible en Europe pourra peser en Europe... Or, comment être crédible auprès des partenaires européens ? En respectant les critères de Maastricht et ses 3% de déficit maximum... La politique européenne d'Emmanuel Macron est donc intimement liée à ses choix nationaux et vice-versa... Ce n'est pas nouveau, la rigueur de Mitterrand en 1983 ou l'abandon de la fracture sociale par Jacques Chirac en 1995 étaient déjà dictés par des contraintes européennes... Mais aujourd'hui Emmanuel Macron va plus loin, c'est un tout mais son grand dessein européen passe donc par ce que l'opposition de gauche appelle un "budget pour les riches" et certaines mesures impopulaires voire douloureuses... Derrière la Sorbonne et l'Acropole il y a les bureaux des comptables de Bercy, derrière le lyrisme il y a les coups de rabot, derrière l'Ambition il y a les fonds de tiroirs... De quoi peut-être contrarier Macron l'européen mais ses conseillers ont l'habitude... "Il y a 2 ans nous n'étions rien, nous allons faire en Europe ce qu'En Marche a réussi en France"...

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