pour son nouveau livre Mémoire de fille

Annie Ernaux
Annie Ernaux ©

L’été 58. La guerre en Algérie, que l’on nomme « les événements », dure depuis quatre ans, les appelés en racontent peu de choses lorsqu’ils reviennent en permission, auréolés du prestige du guerrier.

Charly Gaul est le héros du Tour de France. Dalida chante Mon histoire c’est l’histoire d’un amour . Les filles se coiffent comme Bardot dans Et Dieu créa la femme et se serrent la taille au dessus de jupes en corolle.

Les jeunes flirtent dans des « surpats » mais la perte de la virginité demeure, pour les filles, un tabou. Et celles qui s’en affranchissent deviennent, aux yeux des autres, des filles faciles, des putains dont on peut se moquer cruellement.

Cet été 58 est, pour la jeune Annie Duchesne, le moment tant attendu de son émancipation, premier été passé loin de ses parents, loin de son pensionnat religieux, elle va fêter ses 18 ans dans une colonie de vacances dans l’Orne où elle est monitrice.

Cette fille, celle de l’été 58, Annie Ernaux a voulu l’oublier, c’est-à-dire « ne plus avoir envie d’écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil ». Mais, régulièrement, dans certains de ses livres, des allusions affleuraient. Comme en 2005, dansL’usage de la photo où elle écrivait : "A 17 ans, je me suis retrouvée dans un lit avec un garçon toute une nuit. Il y a une expression pour dire exactement la force et la stupeur de l’évènement : ne pas en revenir. Au sens exact du terme, je n’en suis jamais revenue, je ne me suis jamais relevée de ce lit".

Aujourd’hui, c’est chose faite. Elle publie, chez Gallimard, Mémoire de Fille, le récit, au scalpel, de cet été durant lequel cette fille crut aller vers son désir, vers sa liberté, dans l’ivresse de la découverte de la vie de groupe, du corps des garçons.

Jouant à la vamp délurée, au risque du « désespoir de la peau » et de la honte reçue et violemment ressentie les deux années suivantes.

Ce livre-là, si long à advenir, si dur à écrire, est comme une reconnaissance à la fois douloureuse et bienfaisante pour nous qui le lisons. C’était elle, mais, certainement, ce fut nous aussi.

Annie Ernaux est, ce soir, l’invitée de l’Humeur Vagabonde

Mémoire de fille Annie Ernaux
Mémoire de fille Annie Ernaux © © Éditions Gallimard / Gallimard

le reportage de Rémy Douat

Son père était chauffeur-routier, toujours sur les routes. Sa mère, restait à la maison.

La vie s’est déroulée comme ça, sans heurt, comme dans un espace confiné : un mariage pas si heureux, des accommodements avec ses désirs, une vie presque acceptée.

Et puis un jour, elle a découvert l’œuvre d’Annie Ernaux qui l’a « aidée à devenir femme ».

Rencontre avecFlorence Paulhac , une lectrice d’Annie Ernaux.

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