Jérôme Ferrari « Le sermon sur la chute de Rome » Actes Sud

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ferrari © Radio France

Nous habitons un monde en train de disparaître. Qui peut encore raisonnablement en douter ? Nos anciennes croyances, nos vieilles valeurs, nos rêves adolescents de voir advenir des jours meilleurs pour tous et partout, tout cela a sombré depuis longtemps, et nous refusons pourtant de l’admettre. Les Barbares ont gagné. Comme en 410, lorsqu’Alaric, à la tête des Wisigoths, avait fait tomber Rome comme un fruit pourrissant. Et c’est depuis Hippone, qui s’appellera bien plus tard Annaba, qu’Augustin, qui en était l’évêque, écrira et prononcera le fameux sermon sur la Chute de Rome qui demeure l’un des plus beaux textes sur la fragilité des œuvres humaines.

C’est en familier des textes d’Augustin que Jérôme Ferrari a bâti son dernier et puissant roman. Ce « Sermon sur la chute de Rome » qui vient de paraître chez Actes Sud se déroule essentiellement en Corse, dans un village de l’arrière pays où Matthieu et Libero, deux cousins, décident d’abandonner leurs études de philosophie à la Sorbonne pour reprendre le bar-épicerie sur le point de fermer. Dans leur esprit il s’agit de vivre selon les valeurs ancestrales de liberté virile, ce qui va vite signifier en marge des lois, puis de la simple morale. Peinture sans tendresse d’une certaine « corsitude » d’aujourd’hui, ce beau livre nous parle aussi de la perte du rêve collectif français dans le ratage sanglant de la colonisation.

Le reportage de Judith Soussan :

Avec Frédéric Boyer autour des sermons d'Augustin sur la chute de Rome

Sermons sur la chute de Rome
Sermons sur la chute de Rome © Radio France

Augustin, c’est cet homme d’Afrique du nord, ce Berbère des marges de l’Empire qui émigre vers son centre, vers Rome, pour parfaire ses études, et devenir à 30 ans un brillant professeur de rhétorique. Puis qui rencontre la foi chrétienne, se convertit, change de destin, retourne en Afrique du nord ; écrit ses Confessions, vers 397. Devient évêque à Hippone, l’actuelle Annaba en Algérie, jusqu’à sa mort en 430.

Et c’est en tant qu’évêque d’Hippone qu’il prononce en 410 et en 411 ses sermons sur la chute de Rome qui donnent leur titre au livre de Jérôme Ferrari – puisqu’en réalité il n’y eut pas un, mais plusieurs sermons, à Hippone, Carthage, Bizerte, toujours mêlant consolation et exhortations.

  • Saint Augustin,Les sermons sur la chute de Rome , Institut d’Etudes augustiniennes, 2004

  • Saint Augustin, Les Aveux , nouvelle traduction des Confessions par Frédéric Boyer, P.O.L., 2008

  • A noter, la pièce Phèdre et les oiseaux , de Frédéric Boyer, à l’Institut du Monde Arabe, du 25 au 29 septembre, mise en scène J.B. Sastre, avec Hiam Abbas

La programmation musicale :

- Lo'Jo, La marseillaise en créole

- Bobby Womack et Lana del Rey, Daygo reflection

- Jacques Higelin, La ballade chez Tao

- Extraiit du Nisi Dominus de Vivaldi interprété par Andreas Scholl.

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