Longtemps considéré comme un art mineur, réservé aux enfants ou aux adultes infantiles, la BD a changé carrément de statut depuis vingt ans. Alors que la littérature française se regarde indéfiniment le nombril, les bandes dessinées s’attaquent de plus en plus souvent aux grands sujets que les romanciers délaissent : l’histoire, la politique, la société, l’évolution de la famille. Johann Sfar, que l’on vient d’entendre, avec son chat du rabbin, Guy Delisle, qui était notre invité le mois dernier pour son magnifique Jerusalem, Manu Larcenet avec le combat ordinaire et Blast, Blutch avec « pour en finir avec le cinéma », et tant d’autres, ont fait de leurs albums de véritables romans graphiques qui nous marquent comme les meilleurs des livres.

Quai d'Orsay
Quai d'Orsay © Christophe Blain

L’an dernier le duo Christophe Blain/Abel Lanzac a cassé la baraque avec « Quai d’Orsay », chronique drôlatique de la vie au ministère des affaires étrangères sous le règne de Dominique de Villepin, rebaptisé Alexandre Tailhard de Worms, véritable ouragan d’énergie, de charme, de sadisme et de contentement de soi. Le livre s’est vendu à 120 000 exemplaires, et le vrai Villepin a eu l’intelligence d’en sourire avec amabilité. Le tome 2 vient de sortir, et il est aussi bon que le premier. L’infatigable Tailhard de Worms et sa garde rapprochée y défient les Américains décidés à envahir le Lousdem qu’ils accusent d’avoir stocké des armes de destruction massive. Ça vous rappelle quelque chose ? Vous avez raison : tout y est quasiment exact.

Le reportage de Martine Abat :

Rencontre avec Claire Bretécher.

Le dernier livre que Bretécher publie aux éditions du Chêne est très différent de son travail de Bande dessinée habituel, même si on y retrouve quelques uns de ses personnages. Le livre s’appelle Dessins et Peintures . Y sont rassemblés des travaux plus personnels, liés à son intimité, sa famille, ses amis. On y voit de magnifiques portraits, des nus, à la peinture ou au pastel, des scènes de vacances à la plage, des enfants vautrés sur des canapés, des couples enlacés. Et toujours de l’humour, comme lorsqu’elle dessine sa photo de classe 40 ans après : on ne voit que des mémés. Elle dédie un chapitre à ses copines et écrit dans l’un des textes qui accompagne ses tableaux : "Femme sans copine est amputée de sa race, le ciel vous garde d’une telle disgrâce".

Claire Bretécher
Claire Bretécher © Claire Bretécher

La programmation musicale :

- Arthur H, Ulysse et Clypso

- Lana del Rey, Video Games

- Bertrand Belin, Hypernuit

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.