Sept années durant,de 1983 à 1990, jusqu’à l’avant-veille du prix Goncourt, un apprenti-écrivain du nom de Jean Rouaud, qui s’escrime à écrire son roman "Les Champs d’honneur", aide à tenir rue de Flandre un kiosque de presse. À partir de ce "balcon sur rue", c’est tout une tranche d’histoire de France qui défile…

Jean Rouaud
Jean Rouaud © Maxppp / Ouest France / Thomas Bregardis

En France, plus qu’ailleurs paraît-il, des milliers de gens pensent pouvoir devenir écrivain. Les sites d’édition à compte d’auteur vivent d’ailleurs grassement de l’exploitation de  ce rêve qui débouche rarement sur une reconnaissance publique. Étrange fascination d’un peuple, qui achète de moins en moins de livres mais joue de plus en plus au Loto, pour ce statut d’écrivain qui ne permet pourtant pas d’accéder à la fortune. D’autant qu’écrire, ce n’est pas aussi facile qu’on le croit. Relisons les lettres de Flaubert qui souffre, et enrage, et en perd le sommeil à force de chercher le mot, la phrase, la nuance la plus proche de sa pensée. Route aride pour un écrivain immense qui rata si magistralement sa Tentation de St Antoine, alors qu’il pensait tenir là son chef d’œuvre. 

Et pourtant, parfois, le rêve se réalise. En 1990, le Goncourt fut attribué aux Champs d’Honneur de Jean Rouaud, premier livre qu’il publiait, accepté aux prestigieuses éditions de Minuit. 

Pour la presse, ravie de l’histoire, ce coup de baguette magique touchait un amateur, vendeur de journaux à mi-temps dans le nord de Paris. En réalité l’auteur récompensé n’était plus un amateur et depuis longtemps. Il écrivait chaque soir, depuis des années. Nourrissant son talent de mémoire, celle d’une famille française de Loire Inférieure, et se débattant pour trouver sa voix dans le silence proclamé de la mort du roman. 

Dans un beau livre intitulé Kiosque, paru chez Grasset, Jean Rouaud revient sur ce temps d’avant, celui où il regardait la vie défiler devant son petit théâtre de la rue de Flandre, où il nourrissait son écriture de ces personnages attachants qu’il nous raconte aujourd’hui, mêlant ces visages et ces accents à ceux qui, depuis toujours, l’accompagnent.

Retrouvez le 5 mai à 15h00 Jean Rouaud lors de l'édition 2019 de  "Lire à Limoge" qui se tiendra les 3, 4 et 5 mai sous le Champs de Juillet 

lRéférences

Lectures : Laurent Stocker

La programmation musicale :

Billie Holiday :Solitude 

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Je t'aime affreusement d’Estelle Gapp 

Si Marina Tsvetaeva (1892-1941) compte aujourd’hui parmi les grands poètes russes du XXe siècle, on le doit au destin et au tempérament hors du commun de sa fille, Ariadna Efron (1912-1975), seule survivante d’une famille broyée par la Terreur stalinienne. Après seize ans de Goulag, elle consacre les vingt dernières années de son existence à faire publier l’œuvre de Marina. La « fille prodige » deviendra le premier éditeur de sa mère. 

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