Dominique Gros est ce soir l'invitée de l'Humeur Vagabonde pour le documentaire "Le fil de la vie", diffusé sur Arte le 11 juin 2013 à 20h50

"La Philosophie est née sous le signe souverain et admirable d'un suicide assisté . C'est la mort de Socrate: pour les Athéniens, il est hors de question, pour un citoyen libre, qu'on lui donne la mort comme à un esclave. On tue un esclave parce qu'on a un droit de vie et de mort sur l'esclave. Cependant, on peut être condamné, soit par la maladie, soit par la décision interne, soit par un tribunal. Mais il était impensable pour les Athéniens, qu'un condamné soit exécuté. Socrate est condamné, mais c'est lui qui prendra la coupe et c'est très important qu'il ait la possibilité jusqu'au bout, d'être celui qui agit pour mourir. Les questions qu'on se pose au sujet des morts sont celles qu'on devrait se poser au sujet de la vie, c'est-à-dire la liberté, le respect, la dignité, etc. Et tous ces mots qui devraient nous obséder quotidiennement entre vivants, deviennent comme une réserve, comme si le rapport à la mort était devenu presque la réserve privilégiée des véritables interrogations sur le sens de la vie" Marie Josée Mondzain, philosophe

"Le fil de la vie"
"Le fil de la vie" © Arte

Etait-ce vraiment plus facile de mourir en homme libre à Athènes comme Socrate, contraint, on n’a pas oublié, de boire la cigüe et de s’ouvrir les veines ? En philosophe laïque, défendant la liberté de chaque individu de pouvoir choisir sa mort, Marie Josée Mondzain nous invite surtout à réfléchir à ce que signifie le mot de dignité, aujourd’hui, dans une société qui ne se soucie guère de maltraiter les vivants, tout en affirmant placer le respect de la vie au dessus de la volonté des malades et des mourants. Et que signifie parler de dignité lorsqu’on regarde les chiffres : il existe aujourd’hui, en France, 4.028 lits en soins palliatifs alors que près de 400.000 personnes meurent chaque année en institutions ou à l’hôpital.

Un nouveau rapport du Comité national d’éthique est attendu ce mois-ci, avant que ne soit rediscutée, au Parlement, à la rentrée, la loi Leonetti qui, en 2005, avait donné la priorité au soulagement des souffrances en proscrivant l’acharnement thérapeutique. La réalisatrice, Dominique Gros, est allée filmer, en Belgique, en Suisse et en France, des hommes et des femmes qui ont expérimenté les différentes législations existant dans ces pays voisins : euthanasie médicale, suicide assisté et soins palliatifs. « Le fil de la vie » est un documentaire intelligent et sensible qui, sans imposer de solution, ouvre un espace d’écoute et de réflexion bienvenu dans un débat qui nous concerne tous. « Le fil de la vie » sera diffusé mardi 11 juin sur Arte à 20H50 dans le cadre d’une Thema sur « Choisir sa mort ».

Quelques précisions sur le film

Alors que le projet de loi sur « la fin de vie » va être rediscuté en France cette année, Dominique Gros mêne l’enquête en France, Belgique et Suisse , où les législations diffèrent.

Quelles sont les conséquences des progrès de la médecine sur notre rapport à la mort ? La mort naturelle existe-t-elle encore dans nos sociétés ? Comment encadrer le droit des individus à décider de leur mort ? Enquête dans trois pays européens qui ont choisi des approches différentes pour légiférer sur « la fin de vie ».

Un voyage entre la Belgique qui a légalisé l’euthanasie médicale depuis 2002, la Suisse qui autorise le suicide assisté depuis 1996 et la France qui a développé une pratique spécifique de soins palliatifs depuis 2005. Trois pays qui abordent de manière différente ces questions de fin de vie et qui illustrent les trois approches qu’on retrouve dans les différentes nations européennes. Au-delà de la polémique entre opposants et défenseurs d’une loi, le film met à jour les changements profonds à l’oeuvre dans notre rapport à la mort depuis une trentaine d’années.

La réalisatrice Dominique Gros, s’appuie sur son passé d’infirmière pour mener cette enquête humaniste, qui mêle les dimensions sociales, politiques et éthiques. Elle a pu filmer Cyril J, un patient en soins palliatifs, sa mère et l’équipe médicale qui l’accompagne. Elle a également recueilli la parole de médecins infirmières rencontrés au cours de ce périple ainsi que celle de juristes, de politicienset d’une philosophe.

Le documentaire "Le fil de la vie" sera diffusé dans le cadre d'uns soirée Thema «Choisir sa mort, un choix de société» et suivi à 22h20 d’un débat animé par Andrea Fies.

Coproduction : ARTE France, Les Films d’Ici (France, 2013, 90mn)

Le reportage d'Aude-Emilie Judaïque en compagnie du Dr Olivier Kandel, médecin généraliste à Poitiers

Olivier Kandel est « médecin de famille », comme on disait autrefois… Un bon docteur qui suit ses patients toute leur vie et parfois même sur plusieurs générations.

Le Dr Olivier Kandel exerce depuis 25 ans. Pour lui, traiter sans discuter, soigner sans écouter, c’est commettre une grave erreur médicale.

Face à une médecine qui se croit toute puissante et à une société pétrie de peurs, dont celles de mal vieillir, de mal mourir, le Dr Kandel écoute, soulage, rassure. Et surtout, remet la mort dans la vie.

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