pour le film Fatima d'après les livres de Fatima Elayoubi Prière à la lune et Enfin je peux marcher seule , parus aux éditions Bachari.

Fatima est un film France Inter présenté au dernier Festival de Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs

Affiche film "Fatima" de Philippe Faucon
Affiche film "Fatima" de Philippe Faucon © Istiqlal Films - Pyramide / Philippe Faucon

Vous la connaissez sûrement car vous la croisez tous les jours, même si vous ne la voyez pas vraiment. Fatima est femme de ménage. Fatima porte le hidjab. Fatima ne parle pas bien le français. Fatima a été quittée par son mari. Fatima s’épuise à cumuler plusieurs emplois pour pouvoir aider ses deux filles à réussir leurs études.

L’aînée, Nesrine, prépare médecine. La cadette, Souad, ne fait plus rien au collège et, en pleine crise d’adolescence, se révolte contre sa mère qu’elle accuse d’être juste capable de nettoyer la merde des autres. Fatima comprend la frustration de ses filles, qui vivent dans une société dont elle-même est coupée parce qu’elle n’en détient ni la langue ni les codes.

Alors, le soir, chez elle, Fatima écrit dans son cahier sa douleur, ses rêves d’enfant intelligente qui espérait un meilleur avenir, son désespoir de ne pouvoir mieux faire pour ses filles.

Mais un jour, le corps de Fatima cède. Une chute dans l’escalier l’immobilise et, bien que réparée, d’après les médecins, elle ne parvient plus à retravailler, tant elle a mal.

Alors queLa Cinémathèque française propose jusqu'au 25 octobre une rétrospective de ses oeuvres, le dernier film de Philippe Faucon , Fatima , est sorti aujourd’hui sur les écrans, et il est formidablement intelligent, comme l’était La Désintégration qui, en 2012, racontait la dérive vers le terrorisme de trois ados de banlieue abîmés par le manque de perspectives.

Intelligent, oui, car c’est bien à notre capacité de raisonnement que le cinéaste fait confiance, par-delà les émotions que ses beaux personnages suscitent en nous.

Depuis 25 ans qu’il fait du cinéma,Philippe Faucon creuse sans relâche dans ce symptôme du mal français, conséquence de l’incapacité de tous les gouvernements successifs à valoriser le réservoir d’énergie, de talents et de renouveau qu’est la jeunesse que l’on appelle toujours « issue de l’immigration ».

Ce film-ci, il l’a construit en puisant dans le livre que Fatima Elayoubi a publié en 2006, Prière à la Lune .

Marocaine, mariée très jeune à un ouvrier immigré à Paris, elle qui rêvait d’études, se retrouve seule à faire vivre son mari et ses enfants. Jusqu’à se briser.

Ce soir, Philippe Faucon et Fatima Elayoubi sont les invités de l’Humeur Vagabonde.

Fatima Elayoubi a publié deux ouvrages qui ont inspiré le filmFatima

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Fatima Elayoubi-Prière à la lune
Fatima Elayoubi-Prière à la lune © Editions Bachari / Fatima Elayoubi

Fatima Elayoubi est également l'auteur dePrière à la Lune , paru aux éditions Bachari (2006)

"J'ai allumé une flamme, j'ai posé mes charges précieuses sur mes épaules et je suis partie. Je ne pouvais plus marcher dans le noir. Je ne veux plus vivre dans la peur et l'humiliation. Dieu m'a donné l'intelligence, la foi. Je suis comme un livre. Toutes les femmes sont des livres dont le titre est le mari. Prenez le temps d'ouvrir les livres. " (4e de couverture)

Fatima Elayoubi - Enfin, je peux marcher seule
Fatima Elayoubi - Enfin, je peux marcher seule © Editions Bachari / Fatima Elayoubi

Fatima Elayoubi est l'auteur deEnfin, je peux marcher seule , paru aux éditions Bachari (2011)

"J'ai maintenant cinquante ans et je suis parvenue à cet âge en m'adaptant, d'abord à la société dans laquelle je suis née et maintenant au pays dans lequel je vis. Je me suis mise au diapason de ma mère, de mon père, de mes frères, de mes voisins, de mes amis tout en vivant une autre vie, une vie intérieure. J'avais l'impression que dans cette vie intérieure, je ne grandissais pas, qu'il y avait là une enfant. " Et combien je chéris cette enfant recroquevillée là ! " Lorsque j'allais me coucher, je ne dormais pas mais descendais dans mes profondeurs pour retrouver cette petite fille qui m'attendait. Ce qui est étrange, c'est que je la réconfortais toujours, je lui parlais. Je l'embrassais, je la regardais. Puis, je me sentais remonter du plus profond de moi-même vers la vie avec les autres et je m'endormais. C'était comme ça toutes les nuits ."

Diffusion le 14 octobre à 20h50 sur Arte du film La désintégration de Philippe Faucon (2011)

Le reportage de Léa Minod

Léa Minod a rencontré Tata Milouda , à Epinay sur seine, juste en face de la médiathèque, où elle en passe des heures à lire et à écrire.

Son appartement venait d’être amoché par le feu d’un voisin. Ses fleurs et ses tapis, partis en fumé.

Alors en attendant elle accueille les visiteurs dans un appartement vide, un peu décrépi. Pas de caméra, pas d’image surtout. Un micro, ça va bien. Car elle est fière Milouda, fière de la femme libre qu’elle est aujourd’hui.

Elle avait 39 ans et un mari violent quand elle a fui le Maroc pour Paris. Malgré ses 6 enfants qui restent au pays. Malgré son chagrin de mère.

Il lui a fallu du temps pour s’habituer à la France, à lire et à écrire sa langue.

Il y a fallu près de 20 ans, pour monter une première fois sur scène. Et ne plus s’arrêter. Pour « slamer sa liberté », comme elle dit.

Tata Milouda fourmille de mille projets :

Elle est notamment à l’affiche d’un très beau documentaire deHadja Lahbib , Patience Patience t’iras au paradis , diffusé récemment sur Arte.

Elle sera aussi en concert le 14 octobre prochain à Liège dans le cadre du festivalVoix de femmes avec son spectacle Je slame ma vie.

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Fatima de Philippe Faucon

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