Jacques Derrida en 1983 dans le film de Ken Mc Mullen
Jacques Derrida en 1983 dans le film de Ken Mc Mullen © Ken Mc Mullen
_Derrida_ (Grandes Biographies Flammarion) et _Trois ans avec Derrida_ (Flammarion). Ne renoncer à rien….Etrange définition de sa vie pour un philosophe ! Mais il est vrai que Jacques Derrida n’était pas stoïcien lui qui donna le nom de « déconstruction » à sa démarche. Hermétique pour les uns, lumineux pour ses admirateurs parmi lesquels ont compté Foucault, Barthes, Althusser, Levinas, Lyotard, Blanchot, Ricoeur, et deux générations d’universitaires américains, Derrida, travailleur acharné, fut extraordinairement productif : pas moins de 80 livres publiés, sans compter les revues, actes de colloques, séminaires et communications diverses. Il fait partie de ces intellectuels français qui ont dominé et changé la vie des idées durant les années 70 et 80. Six ans après sa mort, la première biographie à lui être consacrée sort chez Flammarion signée par Benoit Peeters qui –excellente idée !- publie en même temps ses carnets d’un biographe qui éclairent ces trois années d’enquête et expliquent certaines absences parmi les témoins. Biographie empathique, l’auteur le dit d’entrée de jeu, envers un homme qu’il avait croisé déjà à l’occasion d’un de ses précédents livres. Mais enquête fouillée qui ne cache pas les angoisses, faiblesses, erreurs d’un homme tourmenté jusqu’à la fin par son désir d’être reconnu et sa volonté orgueilleuse de demeurer à l’écart des communautés et des chapelles. Benoit Peeters est, ce soir, l’invité de l’Humeur Vagabonde. ### **reportage** Reportage de Lucie Akoun Rencontrer le photographe Carlos Freire c’est prendre conscience de deux choses. Non seulement les images nous survivent mais en plus elles aident les vivants à vivre. Dans l’atelier du photographe brésilien sont disposés des portraits, des paysages, des affiches. Dans un coin, le regard frappeur de Francis Bacon semble dialoguer avec la reproduction de « l’homme au turban rouge » de Van Eyck. Entre ces deux figures, un troisième homme : Derrida. Pour des raisons théoriques et politiques, Derrida jusqu’en 1979 refusait catégoriquement toute publication photographique. Selon lui, ce geste visait une défétichisation de «l’auteur» au profit de ses textes. A l’image de ses positions philosophiques, Derrida entendait sortir du cadrage photographique classique, normé par des conventions sociales. Pourtant, après 1979, sa perception de la photographie parait se modifier. Derrida le dit « it’s too late », trop tard pour tout contrôler, « il faut laisser les autres prendre». En réalité, ce n’est pas tant les autres qui prennent plus ; que lui qui accepte de se donner davantage comme en témoigne cette rencontre en 1991 où Carlos Freire parvient à capter non pas une image figée de Derrida mais l’image incarnée du philosophe. Par là même, Carlos Freire tend à montrer que, le lieu de travail de Derrida ne pouvait se circonscrire à la table de travail seule et devait être étendu aux cafés, aux couloirs, aux rues et aux contre-allées. En ce moment à Paris vient de débuter à l’occasion du Mois de la Photo, l’exposition « Portraits d’écrivains de 1850 à nos jours » à la maison Victor Hugo (place des Vosges - jusqu’au 20 février 2011). Dans cette exposition, vraiment très réussie (avec un bel accrochage) vous pourrez notamment découvrir douze photos d’écrivains prises par Carlos Freire appartenant au fonds de La Maison Européenne de la Photographie ; les photos de Derrida dont nous avons parlé n’en font hélas par partie mais certaines sont visibles dans le cahier central de la biographie de Benoit Peeters. ### **oeuvre(s)** - _Trois ans avec Derrida: les carnets d'un biographe_ De Benoît Peeters - _Derrida_ De Benoît Peeters
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