Jean Bellorini dans sa merveilleuse adaptation au théâtre d'"A la recherche du temps perdu", nous offre une approche toute en délicatesse du Proust métaphysicien de la mémoire, débarrassé de ses oripeaux de chroniqueur mondain

Jean Bellorini aux Ateliers Berthier à Paris
Jean Bellorini aux Ateliers Berthier à Paris © AFP / Jacques Demarthon

J’aurais voulu faire constater aux sceptiques que la mort est une maladie dont on revient.

Marcel Proust

Il y a, dans les phrases si lentes, si musicales, si déchirantes et, pour cela, immédiatement reconnaissables de Proust, quelque chose de mystérieux qui s’exhale comme le parfum ténu d’une fleur séchée entre les pages d’un livre de chevet. 

Quelque chose de mystérieux, et pourtant d’infiniment familier, intime, et qui serre le cœur en même temps qu’il l’emplit d’une joie violente. C’est cela que ressent, à chaque fois, le lecteur qui ouvre au hasard, comme d’autres croyants le font avec la Bible, un volume de La Recherche : ainsi il y a eu quelqu’un, un jour, qui a écrit, dans une petite chambre capitonnée de liège, ces phrases qui, venues du plus loin de sa mémoire, ouvrent soudain les portes à nos propres souvenirs et nous font sentir, comme il l’écrit, 

au fond de soi, du plus obscur, quelque chose qui se désancre, quelque chose, comme un pan de conscience, émerger, lumineux.

Adapter À La Recherche du Temps Perdu a bien souvent été pour les metteurs en scène, tant au cinéma qu’au théâtre, une sorte de défi à relever sur le mode du « même si les autres ont échoué, moi j’y arriverai ». Et, trop souvent, pour les spectateurs, ce fut une épreuve. 

C’est pourquoi nous avons envie de dire merci à Jean Bellorini qui, avec Camille de la Guillonière et Hélène Patarot nous offrent une merveilleuse approche, tout en délicatesse, du Proust métaphysicien de la mémoire, débarrassé de ses oripeaux de chroniqueur mondain. Sur un plateau souvent plongé dans la pénombre, qui fait songer à une église désaffectée, ces deux acteurs subtils nous guident doucement sur les chemins du souvenir, les mots du petit Marcel racontant aussi les déchirures d’une petite fille exilée d’Indochine en 1954. 

► Un instant est  en tournée en France jusqu’en juin prochain.

Photo du spectacle "Un Instant"
Photo du spectacle "Un Instant" / Pascal Victor

Extraits de l'entretien avec Jean Bellorini 

"Ce que  nous rappelle Proust, c'est que toute cette mémoire active, involontaire, qui arrive par hasard , elle est tellement honnête que bouleversante...Elle nous tient debout, elle nous rend vivant , et j’espère faire du théâtre pour rendre les gens un peu plus vivants , pour faire écho à soi .... chaque soir je suis très touché par l'émotion qui est partagée , les gens ne sont pas émus par les mêmes choses au même moment  ,mais en même temps ,on sent les êtres autour de soi, et ça, il n'y a peut être que le théâtre qui le permet encore" 

La programmation musicale 

La programmation musicale est extraite du spectacle et est signée Sébastien Trouvé

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