Roman d’apprentissage et de désillusion, le cinquième roman de Zadie Smith opère également une réflexion sur le racisme, l’identité, le genre et la célébrité, avec beaucoup de rythme, d’humour et d’émotion.

L'écrivaine Zadie Smith, le 13 février 2018 à New York.
L'écrivaine Zadie Smith, le 13 février 2018 à New York. © Getty / Paul Bruinooge / Patrick McMullan

Depuis son enfance dans un quartier populaire et métissé du Londres des années 1970, les comédies musicales ont représenté pour celle qui parle le monde idéal dans lequel elle a toujours rêvé d'évoluer. Elle, enfant unique d'un père anglais aimant et d'une mère jamaïcaine bien peu maternelle qui veut à tout prix s’ élever  intellectuellement et socialement.

La narratrice jamais nommée du dernier roman de Zadie Smith Swing Times va tout miser sur ses cours de danse pour tenter de devenir- sinon la blonde Ginger Rogers – du moins la superbe Jeni LeGon dont les duos avec Bojangles la fascine .Mais c'est sa meilleure amie Tracy qui est la plus douée et, peu à peu, confrontée aux injonctions maternelles et au talent écrasant de Tracy, elle va s’effacer derrière  les autres et penser sa vie au lieu de  la vivre.

Avec Swing Times, son cinquième roman paru chez Gallimard traduit par Emmanuelle et Philippe Aronson, Zadie Smith nous peint  la trajectoire d'une jeune femme incapable de s’émanciper des destins que d’autres qu’elle admire et qu’elle aime lui intiment d’embrasser 

D’abord sa mère qui voit en la politique la porte de sortie et la revanche sur une enfance misérable, son amie Tracy pour qui seule la célébrité à l'écran justifie tous les sacrifices et surtout tous les mensonges ,et puis Aimee, la pop star internationale qui la prend à son service et exige une adhésion totale mais surtout heureuse à son mode de vie .

Roman foisonnant insolent et perspicace qui ne tranche jamais les questions qu'il aborde et nous laisse à la dernière page devant le mystère intact de ces beaux personnages.

Les textes sont lus par Cécile Ribault-Caillol :

Nous avons toujours une identité, c'est la définition du fait d’être Noir(e) , au delà de tout le reste, on a toujours une identité; l'existentialisme c’est quelque chose que peuvent se permettre des personnes qui ont l’impression d’être libre de toute forme d' identité particulière , et donc ils peuvent d'adonner à  cette idée  très sérieuse  qui  est de réfléchir à ce que c'est d’être humain , d'avoir un nom, d’être une personne ( ......) Mon mari se plaint souvent du fait que- depuis que l'on vit aux  Etats Unis -tout le monde lui signale  qu'il est un homme Blanc , alors je lui dis:  "tu comprends  maintenant  ce que cela signifie d'avoir une identité: c'est épuisant". Donc j'aime l'idée de créer un personnage -qui - par essence est une créature existentialiste projetée dans le monde et la seule chose à partir de laquelle on peut la juger ce sont ses actes.

Dans les années 80, les gens se préoccupaient  beaucoup de l'identité des métisses, c’était une source d'angoisse pour les amis de mes parents qui s’inquiétaient  beaucoup pour moi  ,mais les métisses ne font qu'exprimer par une forme visuelle une vérité qui est vraie pour tous :la vie  est contingence , la naissance, un accident.Vous êtes le mélange de 2 personnes, c 'est vrai pour tout le monde , mais si on est métisse, ça rend ce fait évident....il n'y a rien d’inhabituel dans le fait d’être bi racial , hormis le fait  que ça met en évidence une vérité fondamentale sur notre identité présumée qui en fait s'applique à tout le monde 

La programmation musicale :

  • Fred Astaire – "Never Gonna Dance"

L'humeur vagabonde vous recommande 

Un Instant (d’après A la recherche du temps perdu de Marcel Proust), mise en scène Jean Bellorini au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, du 14 novembre au 8 décembre (puis tournée).

Après s’être attaqué à l’ultime roman de Dostoïevski, Les Frères Karamazov, Jean Bellorini reprend son exploration de chefs-d’œuvre de la littérature. La plongée dans l’œuvre est profonde : on y sonde le Proust métaphysique plutôt que le dandy mondain. Ce faisant, interrogeant les mécanismes de la mémoire, les interprètes insufflent des passages empruntés à leur propre histoire. Mêlant le réel et l’invention, ils cherchent à saisir cette coïncidence d’où jaillit le souvenir, comme un écho puissant du passé, cristallisé dans la matérialité d’un objet et dans l’évanescence d’un instant.

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