Agnès Desarthe pour « Une partie de chasse » aux éditions de L’Olivier

C’est quoi devenir un adulte ? ça consiste en quoi exactement ? La plupart du temps il suffit, pour en avoir l’air, de museler fermement l’enfant effrayé, étonné et compatissant qui habite au fond de vous. Dire l’inverse de ce qu’il dirait, faire le contraire de ce qu’il ferait, mépriser ouvertement tous les rêves qu’il a fait. Et, au bout d’un moment, ça marche. Vous obtenez un humain qui n’attire pas l’attention, aussi égoïste, indifférent, lâche et vaniteux que n’importe qui. Mais, parfois, étrangement, certains représentants de l’espèce s’obstinent à prêter l’oreille à cette petite voix qui proteste, se moque, récrimine, exige. Exige quoi ? Que l’on puisse se regarder dans une glace, avec toutes ses rides, et y voir celui ou celle qui, hier encore, voulait juste devenir quelqu’un de bien.

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desarthe © Radio France

Qu’elle s’adresse au jeune public ou à nous autres, vieux enfants, Agnès Desarthe, s’acharne, livre après livre, à nous donner des nouvelles de ces gens bien qui peuplent son univers d’écrivain. Des gens qui ont du mal avec la violence, la lâcheté et l’indifférence aux autres qu’exige, parait-il, la vie en société. Ses héros aiment nourrir ceux qui comptent pour eux, se promener par les champs et les bois, voire se rouler dans la terre quand on ne les regarde pas, et entretenir de drôles de conversations avec des fantômes ou des animaux. Son dernier roman « une partie de chasse » qui vient de paraître aux éditions de l’olivier, nous fait vivre une journée particulière dans l’existence chahutée de Tristan qui se retrouve en compagnie de trois chasseurs dans le fol espoir de devenir un homme comme eux. Heureusement un lapin et la nature vont mettre du désordre dans l’affaire.

Le reportage de Judith Soussan :

Tout à la fin du livre d’Agnès Desarthe il y a cette question à la fois mélancolique et légère : « quelle est donc cette chose qui fuit, qui nous échappe, et s’en va ? » demande Emma – question à laquelle le lapin répond : « disons que c’est votre jeunesse ».

Que notre jeunesse s’enfuie, c’est une perte et en même temps c’est la condition même pour grandir, devenir adulte. C’est une expérience qui n’épargne aucun de nous à mesure que nous avançons dans notre existence.

Pierre-Henri Tavoillot, philosophe, qui enseigne à Paris IV et au Collège de philosophie, a analysé avec Eric Deschavanne cette ambivalence qui entoure notre rapport aux âges de la vie.

Ou comment la philosophie peut nous aider à parer la tentation de vendre notre âme en échange d’une jeunesse éternelle…

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Philosophie des âges de la vie , avec Eric Deschavanne, Grasset, 2007

Avec des extraits de La Beauté du diable , de René Clair (avec Michel Simon et Gérard Philipe) et du Portrait de Dorian Gray , d'Albert Lewin (avec George Sanders)

Egalement à signaler, de Pierre-Henri Tavoillot:

- Tous Paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots … , en collab. avec Laurent Bazin Editions de l'Aube, 2012

La programmation musicale :

- Pauline Croze, Quelle heure est-il ?

- Ben Harper, Strawberry, fields forever

- Norah Jones, Miriam

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