L'adaptation par Arthur Nauzyciel du très beau livre "Jan Karski" de Yannick Haenel est à voir au Théâtre de la Colline à Paris

Jan Karski en 1997
Jan Karski en 1997 © Getty / ullstein bild

L'alerte de Jan Karski... puis le silence

C’est en 1985, dans le film Shoah réalisé par Claude Lanzmann, que nous avons découvert Jan Karski.

Polonais catholique, résistant, évadé des prisons de la Gestapo, envoyé spécial du gouvernement de son pays exilé à Londres, il alerta les Alliés, dès la fin de 1942, sur le génocide juif en cours en Europe occupée. D’abord comme émissaire des représentants du Ghetto de Varsovie, où il pénétra par deux fois lui-même. Mais surtout comme témoin oculaire de la réalité de l’extermination, après la visite qu’il put effectuer à l’intérieur d’un camp de la mort près de Varsovie.

Chargé par la communauté juive polonaise de demander aux Alliés de lui venir en aide, soit en négociant avec les Allemands, soit en bombardant les voies d’accès aux camps, Jan Karski répéta sans relâche ce message.

En vain.

Lorsqu’à la Libération les vainqueurs dirent découvrir l’Holocauste, Karski honteux et désespéré, se mura dans le silence. Jusqu’à Shoah.

L'enquête de Yannick Haenel

Yannick Haenel :

La distance qui nous sépare des hommes qui meurent, s’appelle l’infamie.

L’écrivain Yannick Haenel, impressionné par le témoignage de cet homme, entreprit d’enquêter sur lui, son histoire et les récits officiels de ses rencontres avec les responsables des pays Alliés entre 1942 et 1944.

En 2009 il publia un livre, dans lequel seul le dernier tiers est une fiction, l’écrivain imaginant ce qui a hanté les nuits et les pensées de Jan Karski pendant ces 35 années de silence.

Le metteur en scène Arthur Nauzycieldécida très vite de porter ce livre sur une scène de théâtre, relevant le défi de transposer ce récit en spectacle afin que le message, jamais vraiment reçu durant la guerre, soit enfin entendu par une nouvelle génération. Créé en 2011 à Avignon, repris depuis dans de nombreux théâtres en France, Jan Karski (mon nom est une fiction) se joue en ce moment au Théâtre de La Colline à Paris jusqu’au 18 juin.

Arthur Nauzyciel et Laurent Poitrenaux sont, aujourd’hui, les invités de l’Humeur Vagabonde.

Les extraits sonores

La voix de Jan Karski est extraite de Shoah de Claude Lanzmann

La voix de Yannick Haenel de Hors champs (03.11.2010)

La programmation musicale

  • William Z VillainHer song
  • _Je crois entendre encore (Air de nadir) ,_extrait de l'acte I des Pêcheurs de perles de Georges Bizet ,interprété par Michel Spyres et l'Orchestre de Chambre de Moscou
  • Concerto pour 2 violons en Ré mineur -BWV 1043 de Johann Sebastian Bach interprété par David Oistrakh et l'Orchestre Philharmonique de Vienne

L'Humeur vagabonde vous recommande:

CE QU'ILS FONT EST JUSTE aux éditions Don Quichotte: des écrivains se mobilisent contre le délit de solidarité.

L'ouvrage rassemble des textes inédits signés : Enki Bilal, Antoine Audouard, Kidi Bebey, Clément Caliari, Antonnella Cilento, Philippe Claudel, Fatou Diome, Jacques Jouet, Fabienne Kanor, Nathalie Kuperman, Jean-Marie Laclavetine, Christine Lapostolle, Gérard Lefort, Pascal Manoukian, Carole Martinez, Marta Morazzoni, Lucy Mushita, Nimrod, Serge Quadruppani, Serge Rezvani, Alain Schifres, Leïla Sebbar, François Taillandier, Ricardo Uztarroz, Anne Vallaeys, Angélique Villeneuve, Sigolène Vinson

Ces écrivains ont accepté avec enthousiasme d'écrire, à leur guise, dans une nouvelle, fiction ou rêverie, leur respect pour ces gens de bien, et leur inquiétude de voir agiter les spectres de graves menaces incarnés par des êtres humains réduits à peu de choses. Pas seulement : c'est aussi vers l'Autre que va leur curiosité, l'Autre qui gagne toujours à être connu et non chassé.Tous les droits d’auteur sont reversés aux association La Roya Citoyenne et Terre d’errance, qui viennent en aide aux migrants.

Les invités
Les références
L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.