pour Sémaphores-Carnets-volume 2,paru au Seuil - traduit de l'arabe par Emmanuel Varlet

Gamal Ghitany - Sémaphores
Gamal Ghitany - Sémaphores © Gamal Ghitany / Gamal Ghitany

Plus que la voiture et l’avion, mieux que le bateau, le train offre généreusement au voyageur le temps de la rêverie, de l’interrogation, du souvenir.

L’oreille enregistrant des bribes de conversations, le regard flottant sur des paysages familiers ou surprenants, des scènes entraperçues dont l’imaginaire reconstruit le sens, le rythme même du convoi qui s’apparente à la scansion poétique ou musicale, le train est l’univers matriciel par excellence pour celui qui écrit.

Nulle part ailleurs la mémoire et la réflexion ne s’accordent mieux que dans ce cocon en mouvement. Lieu privilégié pour des rencontres fantasmées, brûlantes ou terrifiantes, savoureuses ou interloquantes, le train devient pour qui écrit le terreau fécond d’où jailliront les histoires.

Gamal Ghitany ne cesse de creuser, depuis ses premiers livres parus au Caire dans les années 60, ces territoires de la mémoire intacte et du souvenir reconstruit, dans lesquels les rêves se mêlent intimement aux scènes vécues.

Dans Sémaphores , traduit de l’arabe par Emmanuel Varlet et qui vient de paraître au Seuil, l’écrivain nous livre le deuxième tome de sesCarnets dont on a déjà pu lire d’autres parties, notamment Muses et Egéries en 2011 et Les poussières de l’effacement en 2008, magnifique retour sur Le Caire de sa jeunesse, le temps perdu et retrouvé, les voix qui l’ont habité, les amours qui l’ont modelé.

Sémaphores poursuit cette quête de l’identité à travers des récits bâtis autour des trains, ceux qu’il a pris depuis sa plus tendre enfance, colorés, pittoresques, instructifs, et ceux du voyageur d’aujourd’hui, en proie à la mélancolie dans un monde qu’il ne reconnaît plus.

Gamal Ghitany est, ce soir, l’invité de l’Humeur Vagabonde . Kamal Sassi sera notre interprète.

Le reportage de Léa Minod

Au début de son récit, Gamal Ghitany se demande quelle est la parenté profonde entre les femmes et le train, et pourquoi les gens voyagent la nuit...

Alors, tentant de répondre à ces deux interrogations, Léa Minod a sauté à bord d’un wagon-lit réservé aux femmes, entre Saint-Gervais (Haute Savoie) et Paris, une nuit de train...

Couchette 57, la plus mauvaise place paraît-il, celle du milieu, où l’on ne touche ni la terre ni le ciel.

Et juste au dessus de l’oreille droite, le bruissement continu de la climatisation qui se mêle au fracas d’acier. Il y a aussi les effluves du parfum de cette femme qui dort juste en dessous, doux et âpre après une journée de travail.

Difficile de fermer l’œil, quand tous les autres sens sont en éveil...

Alors sont remontés des souvenirs d’écrivains et de poètes inspirés par le train, Blaise Cendrars, Michel Butor, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud …

Liste des textes cités :

  • Malines , de Paul Verlaine

  • Rêvepour l’Hiver , d’Arthur Rimbaud

  • Moesta et errabunda , de Charles Baudelaire

  • La modification , de Michel Butor

  • La prose du Transsibérien , de Blaise Cendrars
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