Rien ne vaut la littérature pour nous faire comprendre, mieux que toutes les enquêtes médiatiques, dans quel monde nous vivons. Il faut donc lire le dernier roman de Jonathan Coe, d’abord parce qu’il est formidablement réussi, mais aussi parce qu’il nous donne des clés utiles pour pénétrer au cœur de l’Angleterre.

Portrait de l'écrivain, Jonathan Coe en 2014.
Portrait de l'écrivain, Jonathan Coe en 2014. © AFP / ULF ANDERSEN / Aurimages

Avouons que si nous avions lu, avant 2016, un roman dans lequel l’auteur aurait imaginé l’interminable tragi-comédie du Brexit à laquelle nous assistons depuis trois ans, nous aurions trouvé qu’il poussait vraiment trop loin l’invraisemblable. Avec David Camerontout d’abord, promettant un referendum sur la sortie de l’Union européenne en pensant qu’il ne risque rien puisqu’il est certain de perdre les élections. Puis avec Theresa May qui, opposée à la rupture avec l’UE, en devient la plus féroce partisane pour conserver son pouvoir. Et enfin avec Boris Johnson, menteur effronté, se voyant déjà monarque d’un paradis fiscal réservé aux super riches. La réalité a dépassé la fiction. Et le Brexit, de pitoyable canular politique est devenu une sorte de tumeur qui attaque les esprits et divise jusqu’au sein des familles et des couples.

Rien ne vaut la littérature pour nous faire comprendre, mieux que toutes les enquêtes médiatiques, dans quel monde nous vivons. Il faut donc lire le dernier roman de Jonathan Coe, d’abord parce qu’il est formidablement réussi, mais aussi parce qu’il nous donne des clés utiles pour pénétrer au cœur de l’Angleterre.  Le Cœur de l’Angleterre , dans l’excellente traduction de Josée Kamoun, est d’ailleurs le titre choisi par Gallimard pour ce « Middle England » que l’on pourrait plutôt comprendre comme « L’Angleterre profonde ». Celle qui, derrière ses particularismes folkloriques, ressemble si fort à la France d’aujourd’hui, jusque dans ses blessures méprisées par les politiques et sa peur panique d’un avenir réservé aux premiers de cordée. Les attachants personnages de Jonathan Coe tentent d’y poursuivre leur vie et d’accomplir leurs rêves, mais la politique, par les temps qui courent, fait, hélas, plus que d’ordinaire, partie de l’équation

Lectures:  Eric Hauswald

Extraits de l'entretien avec Jonathan Coe:

Le résultat du référendum  de 2016 m'a laissé démuni et mal à l'aise quant à ce qu'il se passait dans mon pays, mais trois ans après le résultat du référendum, un peu remis du choc, de la surprise, nous pouvons regarder les choses de façon plus sereine et on se rend compte que le résultat du référendum avait quelque chose d’inévitable

Le clivage entre les électeurs se décline selon différents facteurs, tout d'abord il y a Londres et le reste de la GB, puis le clivage entre les villes universitaires et celles qui ne le sont pas , mais le plus grand clivage est entre les générations: 80 % des moins de 25 ans ont voté pour rester au sein de l'UE, et 70 à 75 % des plus de 65 ans pour la quitter, le clivage est donc très fort.... les jeunes sont très  en colère face au résultat du référendum

Mon objectif en écrivant ce livre n’était pas de prendre parti , n’était pas de juger, j'ai voulu créer une polyphonie pour que chacun des personnages puissent s'exprimer et je voulais qu'on puisse les écouter, et je crois que dans ce livre en particulier j’ai plus voulu écouter mes personnages que m’exprimer  par leur truchement

La programmation musicale :

Shirley Collins - Adieu To Old England

L'Humeur vagabonde vous recommande:

La reprise de la trilogie de Nicolas Lambert L'A-DÉMOCRATIE, documentaire théâtral en trois volets, "L'A-Démocratie" questionne notre République et se propose d'en observer trois domaines régaliens : Pétrole, nucléaire, armement."Régaliens, c’est-à-dire qu’ils ont toujours été à la discrétion du seul Roi (ou Empereur ou Président selon le contexte) et que la démocratie en est toujours absente aujourd’hui.

A voir au Théâtre de Belleville  94 rue du faubourg du temple, 75011 Paris 

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