"Que sommes-nous ?" Hantés par les siècles du regard raciste que l’Amérique a posé sur eux, les personnages du formidable premier roman de l'écrivain amérindien Tommy Orange tentent de répondre à cette question

Tommy Orange, écrivain et auteur de  "Ici n'est plus ici" (Albin-Michel)
Tommy Orange, écrivain et auteur de "Ici n'est plus ici" (Albin-Michel) © Jean-Luc Bertini

Pendant longtemps ce que nous croyions savoir des Indiens d’Amérique nous était fourni par les westerns. En sortant du cinéma, nous n’hésitions évidemment pas pour dire de quel côté se trouvait le Bien, la Civilisation et les Héros. C’est dans les années 70, et après la guerre du Vietnam, que le regard a changé. Celui d’une partie des Américains, et donc aussi le nôtre. Des études universitaires ont raconté plus justement ce que fut la politique d’extermination systématique des peuples autochtones, le piège des traités de paix, toujours bafoués, et l’abandon des survivants dans des réserves laissées à l’écart du progrès. Et, depuis, la littérature, avec des auteurs tels que Louise Erdrich ou David Treuer, qui sont venus à ce micro, nous a offert de grands livres, donnant des voix inoubliables aux héritiers  de cette si cruelle histoire.

Tommy Orange, diplômé de l’Institute of American Indian Arts, où il enseigne désormais, a publié l’an dernier aux Etats Unis un formidable premier livre, qui s’est retrouvé finaliste du Pulitzer et a été couronné par les prix les plus prestigieux. Ici n’est plus ici parait aujourd’hui en France, chez Albin Michel, dans une traduction de Stéphane Roques. L’auteur, né à Auckland d’un père de la tribu Cheyenne et Arapaho, et d’une mère blanche, y entrecroise les destinées d’une douzaine de personnages de tout âge, chacun portant le poids de ce passé non transmis, non expliqué, et qui, chacun à sa manière, tentent de répondre à la question « Que sommes nous ? », eux qui, depuis toujours, ont été définis par les autres, c’est-à-dire par les vainqueurs de l’histoire.

Extraits de l'entretien avec Tommy Orange 

"Avant que le récit ne démarre véritablement, je voulais parler des Amérindiens urbains, je voulais expliquer comment ils se sont retrouvés dans les villes. Pour y parvenir, j'ai dû parler d'un phénomène de re-localisation, cette politique génocidaire américaine mise en place pour atteindre l’assimilation des amérindiens."

"Le personnage de Thomas Franck, c'est un peu moi, né d'une mère blanche et d'un père amérindien : les valeurs spirituelles sont différentes, conflictuelles, j’essaie d'expliquer comment on peut faire face : on fait partie des 2 communautés mais en même temps, on ne fait partie d’aucune des deux. Pour moi c’était d'une importance centrale que de relater mon expérience."

"Il y a une immense diversité entre tous les Amérindiens, mais notre identité a été écrasée par un point de vue monolithique." 

La programmation musicale :

Simon et Garfunkel : The Sound of Silence 

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