pour son livre Plus noir dans la nuit paru chez Calmann Levy

Dominique Simonnot-Plus noir dans la nuit
Dominique Simonnot-Plus noir dans la nuit © Calmann Levy / Dominique Simonnot

Le 5 novembre 1948, Robert Lacoste, socialiste, ministre de l’Industrie et du Commerce dans le gouvernement Queuille, se félicite ainsi de voir toucher à sa fin, après deux mois d’émeutes sanglantes, la grève des mineurs du Nord-Pas de Calais. Il parle de sabotages et de violences comme d’autres dans ce gouvernement dénoncent une grève insurrectionnelle conduite avec l’aide de Moscou. Depuis un an, en effet, et le départ des ministres communistes du gouvernement Ramadier, l’union nationale forgée à la Libération est remisée aux oubliettes. Place à la guerre froide et à la chasse aux rouges. Mais, dans sa diatribe, Robert Lacoste oublie fort à propos de parler de ce qui a mis les mines en ébullition : les décrets qu’il a signés en septembre revenant sur le statut des mineurs accordé à la Libération. Il s’agissait alors de remercier les gueules noires de la belle résistance menée pendant la guerre, mais aussi de les inciter à retrousser leurs manches pour relever le défi proposé par De Gaulle et Thorez : ramener la production de charbon à son niveau d’avant guerre en deux ans.

La révolte des mineurs fut matée avec violence par le gouvernement qui n’hésita pas à envoyer 60 000 soldats en renfort des forces de police et de gendarmerie déployées par le ministre de l’Intérieur, un autre socialiste, Jules Moch. Fin novembre 48, on dénombrait six morts chez les mineurs et 3000 arrestations. Les licenciements suivirent, ciblant syndicalistes et récalcitrants.

La plupart communistes et anciens résistants. Ils perdaient ainsi le même jour revenus, maison, école, couverture maladie et aussi la possibilité de retrouver un autre emploi dans une région où les Houillères faisaient la pluie et le beau temps.

Des années plus tard, après des jugements contradictoires, la justice reconnaissait enfin le caractère discriminatoire de ces licenciements. Seules dix sept familles étaient encore parties civiles.

Dominique Simonnot , journaliste au Canard Enchaîné avait rendu compte de cette longue bataille pour la justice. Elle en raconte l’histoire dans un beau livrePlus noir dans la nuit édité chez Calmann-Lévy.

Dominique Simonnot est, ce soir, l’invitée de l’Humeur Vagabonde .

Le reportage de Rémi Douat

J’ai rencontré à Douai Abdallah Samate , arrivé du Maroc en 1963 pour travailler à la mine, dans la fosse Barrois de Pecquencourt, dans le Nord pas de Calais. Il était âgé d’à peine 18 ans et faisait partie des 78 000 hommes recrutés directement au Maroc, dans les villages, par les Charbonnages de France entre 1960 et 1980. Ces ouvriers représentaient une main d’oeuvre malléable et peu syndiquée, bref une main d’oeuvre parfaite pour les Charbonnages qui bientôt allaient devoir négocier la fermeture des mines.

Devant le traitement outrageusement injuste que ces hommes ont subi, tous n’ont pas fait profil bas, loin s’en faut. Abdellah Samate a gagné en 2013 un procès contre l’Etat pour discrimination raciale. A la tête de l’association des ancien mineurs marocains, il consacre tout son temps à la défense de ses anciens collègues qui aujourd’hui encore peinent à avoir les même droits que les anciens mineurs français, polonais ou italiens.

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