A partir d'entretiens réalisés entre septembre 2019 et février 2020 avec les cinq manifestants qui ont perdu leur main droite après avoir été atteints par des grenades lors du mouvement des gilets jaunes, l'auteure a composé, en s'en tenant à leur seuls propos, un chœur qui raconte leur histoire

Portrait de l'écrivaine Sophie Divry au Salon du livre de Francfort (Allemagne) le 12 octobre 2017.
Portrait de l'écrivaine Sophie Divry au Salon du livre de Francfort (Allemagne) le 12 octobre 2017. © AFP / FRANK MAY / PICTURE ALLIANCE / DPA PICTURE-ALLIANCE

Souvenez-vous. C’était avant que la crise sanitaire rende floue notre mémoire et nous éloigne du monde d’avant, comme si un siècle nous en séparait. En ce temps-là nous assistions, sidérés, à des scènes de guerre civile dans nos rues. 

Des forces de police, harnachées comme des robocops, affrontaient, avec une violence inouïe, des hommes, des femmes, de tous âges, qui réclamaient le simple droit de vivre décemment de leur travail. 

Alors, certes, nous avions vu des violences de leur côté. Des dégradations de commerces. Des groupes, vêtus de noir, prôner, barres de fer en main, la révolution. Mais, pourtant, quelque chose ne collait pas : ce que racontaient de leur vie et ce que réclamaient ces « derniers de cordée » ne méritait-il pas mieux que la seule répression féroce que leur accordait le gouvernement ?

Souvenez-vous. De ce sang, de ces yeux crevés, d’une femme à sa fenêtre tuée, de ces gens désarmés matraqués avec une sorte de jouissance morbide, de ces mains arrachées, et du discours politique niant tout excès, toute violence policière injustifiée. 

Après Mai 68, où 7 morts furent décomptés, le pouvoir avait tiré fierté des instructions adressées le 29 mai aux policiers par le préfet de police Grimaud leur demandant d’éviter « _les excès dans l’emploi de la forc_e » et rappelant que 

frapper un manifestant à terre c’est se frapper soi-même ». 

Cinquante années plus tard, sous le regard éberlué de l’Europe, ceux qui nous gouvernent semblent avoir déclaré la guerre à leur peuple. 

Ce que cette année de violence inédite a fait à notre collectivité, ce qu’elle dit de ce pays et de notre relation au politique n’a pas pu être discuté, pour cause de virus. 

La littérature, souvent, est ce qui permet de remettre en route la réflexion. 

L’écrivaine Sophie Divry publie au Seuil un récit bref et violent, « Cinq mains coupées », lisez-le et osez penser. 

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