Sophie Pujas est ce soir l'invitée de l'Humeur Vagabonde pour « Z. M. » paru le 12 avril 2013 chez Gallimard

Z.M.
Z.M. © Gallimard

Jean Clair, ancien directeur du musée Picasso et qui demeure l’un des plus perspicaces parmi nos critiques d’art, dit de sa peinture qu’il n’en connaît pas de plus grave. « Music ou les voix du silence » écrivit-il dans le magnifique texte de présentation de l’exposition consacrée au peintre par la galerie Claude Bernard en 2010, cinq ans après sa mort. Et la voix même de l’artiste, avec ses hésitations et ses chuchotements parfois, semble être comme pétrie de silence. Celui des piles de cadavres gelés, au camp de Dachau où il fut déporté en 1944. Celui de sa terre dalmate, grattée jusqu’à l’os par la Bora, ce vent féroce venu du nord qui balaie l’Adriatique. Celui, scintillant, de la lagune de Venise, écrasée de soleil, et celui, sonore, de l’intérieur de ses églises. Ce sont là tous les silences qu’aura inlassablement peints Zoran Music, lui dont le prénom signifie naissance du jour .

La peinture de Music ne parle qu’à ceux qui ont l’oreille fine et le regard innocent. Sur sa palette du gris, du noir, de l’ocre, les couleurs de sa terre natale, parfois une pointe de rouge ou de jaune, une zébrure bleue. Non figuratif dit-on de lui dans les encyclopédies. Et pourtant les paysages l’ont accompagnés toujours et les visages aussi dans ses portraits décharnés . Sophie Pujas fait partie de la petite confrérie des amateurs du peintre. Elle lui a consacré un bien joli livre , fait de bouffées de rêveries, dans la collection L’Un et L’Autre que dirigeait JB Pontalis chez Gallimard. Son livre s’intitule tout simplement « Z.M. », et à la demande de sa veuve il nous est bien précisé qu’il ne s’agit pas d’une biographie officielle. Cela allait de soi.

Le résumé du livre

Portrait du peintre et graveur Zoran Music (1909-2005) qui tient sa notoriété aux dessins réalisés au cours de sa déportation au camp de Dachau. Hommage à une œuvre et un destin singuliers.

La 4ème de couverture

Il ne s'y attendait pas. Et, à vrai dire, il n'y tenait pas. Toutes ces années à fuir, à se draper dans les brumes feutrées de Venise, dans des cathédrales vaporeuses, dans des femmes qui ressemblaient à des paysages.

Et ils étaient là. Suppliciés, implacables. Un jour il avait pris son crayon et ils étaient là. Le trait s'était déployé, la mémoire avait repris le pouvoir, l'avait guidé, avait tenu sa main selon la logique impitoyable des cauchemars. Les visages grimaçant au-dessus de cordes de pendus, les corps décharnés, les presque squelettes, les déjà cadavres avaient surgi.

Les fantômes avaient pris possession de son refuge, de son abri de papier blanc, et il y avait de quoi se mettre en colère.

Mais il devait leur obéir. L'armée des ombres, des assassinés, des génocides se levait sur le papier. Il retrouvait le coup de crayon halluciné de là-bas , cette possession, cette atroce fascination. La beauté inavouable de l'horreur.Là-bas , c'était aujourd'hui. Il n'avait pas le droit de retenir les fantômes qui tremblaient sous ses doigts.

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.