pour son livre Leïlah Mahi 1932 paru chez Gallimard

Didier Blonde - Leïlah Mahi 1932
Didier Blonde - Leïlah Mahi 1932 © Gallimard / Didier Blonde

Plus que d’autres cimetières, le Père Lachaise est propice à la rêverie. Sous les vieux arbres, au détour des allées pavées qui serpentent entre des monuments tarabiscotés, souvent ornés d’angelots et de statues kitsch au possible, le flâneur revisite par coqs à l’âne une histoire de France où les gloires éternelles côtoient les célébrités oubliées. Vanités….

Parfois des portraits, délavés par les larmes du temps, nous figent sur place. Ce regard, cet ovale de visage, ce port de tête….comme un coup de foudre très lointain, un frisson nous traverse.

Pendant quelques secondes nous voulons à tout prix savoir qui, savoir comment, savoir pourquoi.

Si seulement nous avions le temps de chercher, de poser des questions, de consulter des liasses aux archives….

Mais la vie nous reprend dans son cours et ne reste en nous, à jamais gravé, que l’éclat sombre d’un regard sur une plaque d’émail jauni.

C’est aux écrivains de donner chair d’encre et de papier à ces fantômes que nous laissons s’éloigner à regret. Comme le faitDidier Blonde qui, lui, lorsqu’un visage l’obsède, va pelleter les nuages et les cendres pour trouver de quoi alimenter ses rêves. Il est, un jour, happé par le regard d’une femme, obscur et provocant, point incandescent du portrait d’une inconnue reposant dans la case 5011 au colombarium du Père Lachaise. Juste un nom aux consonances exotiques, un prénom, et une seule date, celle de l’incinération. Photo posée, dans un clair obscur artistique, une attitude langoureuse, la naissance d’une poitrine découverte.

Didier Blonde, écrivain qui hante depuis toujours les zones d’ombre de la littérature, et qui, comme Modiano, arpente les rues de Paris sur les traces laissées par ceux qui les ont habités, personnages de roman ou célébrités oubliées, ne pouvait se satisfaire de ce silence énigmatique.

Des années plus tard voici le résultat de son enquête : Leïlah Mahi 1932 vient de paraître chez Gallimard, récit nostalgique sur le pouvoir des disparus et la puissance du rêve.

Didier Blonde est, ce soir, l’invité de l’Humeur Vagabonde.

Le reportage de Léa Minod

Léa Minod s'est rendue au Père Lachaise un matin de la semaine dernière. Il pleuvait à grosses gouttes, le ciel était à l’hiver.

Beaucoup d’hommes et de femmes en noir portaient le deuil. Et quelques touristes perdus cherchaient la fameuse tombe de Jim Morrison.

Et puis il y avait les autres. Ces flâneurs, qui déambulent sans apparente raison. Qui sont-ils ? Ceux qui comme l’a fait Didier Blonde, passent des heures au Père Lachaise ?

Devant la case de Leilah Mahi, j’ai rencontré Sophie , un appareil photo à la main, un stylo dans l’autre…de quoi nourrir ses chroniques funéraires. Car de son amour des cimetières elle en a fait son métier.

Et il y avait aussi, Jean-Pierre , qui était là par hasard, parce qu’il avait le cœur en berne.

> La page Facebook de Sophie : Green and Graves

Scépulture Moris
Scépulture Moris © Sophie Farrugia / Sophie Farrugia

Hommage suite à la disparition de Gamal Ghitany

L’écrivain égyptien Gamal Ghitany vient de mourir.

Dernier représentant de ces années cosmopolites et foisonnantes où Le Caire rassemblait dans ses salons, ses librairies, ses vieux hôtels et ses revues littéraires poètes, écrivains, artistes et lettrés de toutes confessions, de toutes nationalités, rassemblés par le seul amour de l’échange d’idées et d’opinions.

Gamal Ghitany, enfant pauvre de la Haute Egypte avait commencé à écrire très jeune, dans de petits carnets, alors qu’il travaillait comme dessinateur de tapis, ainsi qu’il l’avait rappelé en février 2014, dans l’Humeur Vagabonde où il était venu nous parler de son dernier livre, Sémaphores, paru au Seuil. (extrait L'Humeur Vagabonde - 12 février 2014)

Les archives de l'INA et les extraits sonores

- JB Pontalis - émissionLe Grand Entretien du 8 février 2012

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