"La Fin de l’homme rouge" fait résonner les voix des témoins brisés de l’époque soviétique, voix suppliciées des Goulags, voix des survivants et des bourreaux, voix magnifiques de ceux qui ont cru qu’un jour "ceux qui ne sont rien deviendraient tout", et sont aujourd’hui orphelins d'utopie.

"La Fin de l'homme rouge" d'Emmanuel Meirieu
"La Fin de l'homme rouge" d'Emmanuel Meirieu © Nicolas Martinez / Théâtre des Bouffes du Nord

Svetlana Alexievitch a grandi dans une foi communiste qui paraissait inébranlable, celle de ses parents enseignants, certains de vivre dans le meilleur pays du monde. Devenue journaliste, elle publie son premier livre, des témoignages de femmes combattantes durant la seconde guerre mondiale, en 1985. Et, tout de suite, est accusée de traîtrise et d’antipatriotisme. Dorénavant elle consacrera sa vie, courageuse, et sa plume, somptueuse, au recueil de récits de vie de ses compatriotes à travers l’immense empire soviétique, y compris après la chute de l’URSS. Ses livres, sur la guerre d'Afghanistan, la catastrophe de Tchernobyl, puis son œuvre majeure  La fin de l’homme rouge paru chez Actes Sud en 2014, lui ont valu bien des ennuis dans son pays et le prix Nobel de littérature en 2015.

"La Fin de l'homme rouge" d'Emmanuel Meirieu.
"La Fin de l'homme rouge" d'Emmanuel Meirieu. / Nicolas Martinez / Théâtre des Bouffes du Nord

Emmanuel Meirieu adapte pour la scène, depuis dix ans, des livres dans lesquels il trouve des récits puissants qui lui permettront de donner à ses acteurs des monologues, le plus souvent délivrés sans artifice, face public, et qui scotchent littéralement les spectateurs, quasi en apnée, jusqu’au dernier mot. Il y a eu De Beaux Lendemains de Russell Banks en 2011, Mon Traître de Sorj Chalandon en 2013, et, en 2018, Les Naufragés de Patrick Declerck et La Fin de l’Homme Rouge de Svetlana Alexievitch qui sont en ce moment repris au Théâtre des  Bouffes du Nord  à Paris  avant une tournée en France jusqu’en Janvier 2020. De la cinquantaine de récits et portraits que l’auteure ukrainienne a réalisé en quarante années d’enquête, Emmanuel Meirieu a tiré sept monologues bouleversants, sidérants, pour sept acteurs exceptionnels : Anouk Grinberg, Evelyne Didi, Maud Wyler, Jérôme Kircher, André Wilms, Stéphane Balmino et Xavier Gallais. Il faut aller les voir et lire Alexievitch.

Extrait de l’entretien avec Emmanuel Meirieu:

C'est une histoire profondément  intime , j'ai 43 ans  et j'ai été élevé dans cette utopie, dans l'idée que "l'argent c'est le mal, ce sont les rêves qu'il faut aimer",  il y a , depuis une dizaine d’années  ,une inversion absolue de ces valeurs : on vit dans une société qui récompense et sanctifie la cupidité humaine,  l’indifférence à la souffrance des autres et le mépris de la pauvreté

Mon travail c'est d'abord de donner des émotions éclairées de sens ,c'est aussi j’espère , un  théâtre de consolation , et  ce moment de consolation  peut passer  par les larmes, c'est important de vivre ensemble ce moment là et d'aller jusqu'à la larme 

Je vais au contact des émotions brûlantes  des êtres humains , c'est mon job, c'est comme ça que j'aime vivre, Svetlana dit quelque chose de très beau: "Un être humain se révèle dans deux  expériences , celle de l'amour et quand il s’approche de la mort" , et moi, quand je vais au théâtre , je veux ce condensé d'humanité même s'il peut parfois brûler un peu; j'attends cette vérité, j'attends ces contradictions 

Les prochaines  dates :

Jusqu'au 2 octobre 2019 au théâtre, Les Bouffes du Nord, Paris

A voir également:

Toujours aux Bouffes du Nord,  l'autre mise en scène  d' Emmanuel Meirieu : Les naufragés, Avec les clochards de Paris  d’après le roman de Patrick Declerck ( A 19h00 , juste avant " La fin de l'homme rouge" ) 

La programmation musicale:

Elena FROLOVA Winter wedding 

Les archives sonores :

La voix de Svetlana Alexievitch est extraite de Boomerang  4 novembre 2015  et L'Humeur vagabonde Mai 2014 

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