Nous sommes loin, et pourtant ce décor, ces gens, cette petite ville habitée par des gens rudes, entre forêts et champs, où l’on boit et l’on cogne sec, tout cela est familier pour qui aime le cinéma et la littérature américaine. Une nature omniprésente qui façonne les humains, et les mutile parfois ; une bourgade méfiante, refermée sur elle-même où la solidarité existe autant que les haines ; des enfants à qui le rêve et la douceur ne sont pas permis, et qui, s’ils ne s’exilent pas, n’ont d’autre choix que de marcher dans les pas de leur père ou de faire des enfants et la cuisine, comme leur mère. Un petit monde clos où la tragédie flambe soudain, comme un incendie.

Et pourtant l’écrivain qui nous plonge ainsi, pour la deuxième fois, dans un univers mi- Steinbeck, mi-Carson McCullers, est une jeune fille d’à peine 22 ans, originaire de Clermont Ferrand, élève surdouée ayant publié son premier livre à 16 ans, et qui ne connaît l’Amérique que par les livres, le cinéma et la musique. Après « Méfiez-vous des enfants sages » publié en 2010, ce deuxième roman édité par Viviane Hamy « Le roi n’a pas sommeil » creuse la même veine et épate toujours autant la critique. Ecriture étonnamment maîtrisée, personnages parfaitement campés, avec un sens du détail qui donne une réalité quasi cinématographique au récit, intrigues sombres et surtout pas de happy end, Cécile Coulon a de quoi étonner les plus blasés.

Le reportage de Lucie Akoun : rencontre avec Edgar Hilsenrath. Hilsenrath ou l’irruption d’un style acide, brulant, acerbe, drôle et glauque en même temps. Edgar Hilsenrath, né en Allemangne en 1926 a connu les ghettos durant la guerre, avant de partir pour Israël, New York avant de revenir enfin en Allemagne. Plaisir redoutable de la lecture et ambigüité de la perception, on ouvre avec prudence la dernière publication en français d’Hilsenrath : Nuit. En vérité, c’est son premier texte, véritable matrice de ses romans futurs où il développe déjà ses obsessions : un monde où Dieu et mort et où dans un ghetto roumain en 1942, lorsqu’on est juif il faut vivre quelque en soit les actes, quelque en soit le prix. Il n'y aura ici ni empathie, ni morale mais une froideur clinique, un nuancier de gris comme le dira Jorg Stickan qui est l’un des deux traducteurs d’Hilsenrath et qui m’accompagnait ce jour là, à Berlin, pour traduire ma rencontre avec le grand et toujours subversif Edgar Hilsenrath. Nuit d'Edgar Hilsenrath est édité chez Attila. Sont toujours disponibles Fuck America et Le nazi et le barbier. A noter que Fuck America est déjà disponible en poche chez Points et le sera très prochainement en mars pour Le Nazi et le barbier. A suivre en septembre 2012 Attila publiera un nouveau volet de l'œuvre d'Hilsenrath, Orgasme à Moscou. http://www.editions-attila.net/

Edgar Hilsenrath
Edgar Hilsenrath © Lucie Akoun

La programmation musicale :

- Johnny Cash, Ain't no grave

- Amy Winehouse & Nas, Like Smoke

- Bertrand Soulier, Les îles éparses

- Bertrand Belin, Hypernuit

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