Ce petit livre précieux, subtil, sans le moindre pathos, débordant de vie, apaise et réconforte.

Margriet de Moor en octobre 2016
Margriet de Moor en octobre 2016 © AFP / ARNO BURGI / dpa-Zentralbild / DPA

L’insomnie jette à bas nos défenses, ouvre les vannes à nos angoisses, remplit notre cœur d’amertume et nos âmes de papillons noirs. Toutes les peurs que nous domptons en plein jour prennent alors leur revanche. Lorsque lire ne suffit pas, il faut ouvrir un espace, dans ce gouffre nocturne, à la vie. La vie charnelle, la vie matérielle. Et quoi de plus ancré dans la vie que faire la cuisine ? Pétrir, mélanger, peser, organiser, assembler, rééquilibre le corps et libère l’esprit. Pendant que les mains s’activent, les pensées s’ordonnent, le flot tumultueux s’apaise. Aucun parfum d’Orient ne vaut celui d’un gateau à la cannelle cuisant dans le four. Aucune pensée morbide ne résiste à la croûte dorée d’une quiche lorraine.

Au premier regard , le dernier roman de la néerlandaise Margriet de Moor, paru chez Grasset dans une traduction de Françoise Antoine, se déroule durant une nuit d’insomnie, dans les pensées d’une femme occupée à cuisiner, tandis qu’un homme, rencontré le matin même, dort au premier étage dans son lit. Il y a plus de dix ans que son mari s’est suicidé, sans la moindre explication. Pendant des années elle a cherché à comprendre, à tenter de connaître ce jeune époux avec lequel elle pensait avoir été si heureuse. Des années à offrir à tous un front lisse, alors que le tumulte l’habitait. Et, tandis que le parfum des gâteaux envahit la maison, quelque chose a changé, enfin. Ce petit livre précieux, subtil, sans le moindre pathos, débordant de vie, apaise et réconforte.

La programmation musicale :

TOK TOK TOK : 50 WAYS TO LEAVE YOUR LOVER

Retour sur la playlist du mois de juin concoctée avec notre programmateur Djubaka :

  • Tom Waits : Make it rain
  • Bessy Smith : Empty bed blues
  • Yaël Naïm : "Les bancs publics"
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