Entre les mots du vieux maréchal qui brade l’honneur de son pays et ceux du poète qui célèbre la liberté à la place de la femme aimée, une année et beaucoup de sang versé. En 1941 le doute n’est plus permis aux intellectuels, il faut choisir son camp. Celui des vainqueurs, qui volent, pillent, déportent, torturent, fusillent et humilient. Certains, avec Drieu La Rochelle, Brasillach, Jouhandeau, Céline, Léautaud, Vlaminck, Belmondo, soutiendront le Reich et Vichy contre l’ennemi judéo-bolchevique. D’autres, comme René Char, Jean Prévost, Marc Bloch, Robert Desnos, Georges Politzer, Jean Cavaillès, s’engageront physiquement dans le combat pour la liberté. Et beaucoup, beaucoup tenteront de continuer à vivre, c'est-à-dire à publier, filmer, exposer, tout en aidant peu ou prou les résistants.

En 1939, le révolutionnaire anti stalinien Victor Serge avait publié un livre au titre prémonitoire « s’il est minuit dans le siècle ». En 1940, effectivement, il fut minuit en Europe. Dan Franck, qui, avec Bohèmes et Libertad, a commencé la peinture des engagements artistiques et intellectuels au XXè siècle, termine sa trilogie avec « Minuit », paru chez Grasset. Récit dense, et souvent incroyable, des mille et unes histoires glorieuses, burlesques, désolantes et toujours passionnantes qui ont émaillé ces cinq années de guerre pour les écrivains et les artistes entre besoin de manger et nécessité de sauver l’honneur. Dan Franck est, ce soir, l’invité de l’humeur vagabonde.

reportage

Aurélie Charon : Rencontre avec Christian Ingrao, directeur de l'Institut de l'Histoire du Temps présent, pour son livre "Croire et détruire, Les intellectuels dans la machine de guerre SS", publié chez Fayard.

oeuvre(s)

  • Minuit

    De Dan Franck

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