Ecrite en 1869, la pièce de Tchekhov parle d’un monde qui s’écroule et des héritiers qui doivent s’en accommoder. Julie Deliquet l'a adaptée et mise en scène à la Comédie Française

Florence Viala (Elena), Hervé Pierre (Serebriakov) dans "Vania" d'après Tchekov, mis en scène par Julie Deliquet
Florence Viala (Elena), Hervé Pierre (Serebriakov) dans "Vania" d'après Tchekov, mis en scène par Julie Deliquet © DR Comédie Française

Bien qu’il se dise vieux, Vania n’a guère dépassé les quarante ans. Et Astrov, le médecin lassé des humains et amoureux des arbres, n’est pas plus âgé. Sonia et Elena sont encore de très jeunes femmes. Mais, pour tous, la vie semble être déjà passée, laissant derrière elle regrets et blessures, et, comme un poison, la certitude qu’exprime chacun d’avoir été floué.

Ecrite en 1869, la pièce de Tchekhov parle d’un monde qui s’écroule, détruit par l’égoïsme et l’avidité des hommes, et d’une génération, celle des héritiers, qui doit s’en accommoder. Le seul personnage insoucieux est d’ailleurs le plus vieux de la maisonnée, le Professeur Serebriakov, qui, né vingt ans avant Vania, a pu profiter de la douceur de vivre en des temps moins durs. Un propos et des caractères qui nous parlent directement, aujourd’hui, de notre révolte et de notre désarroi, nous qui sommes obligés d’habiter ce monde qui ne ressemble en rien aux ambitions proclamées de nos prédécesseurs.

Si la vodka est restée, réconfort nécessaire des âmes vacillantes, le samovar et la vieille servante ont disparu avec certains passages trop datés de ce merveilleux Vania, mis en scène, d’après Tchekhov, par Julie Deliquet au théâtre du Vieux Colombier, à voir jusqu’au 6 novembre à Paris. Avec sa compagnie In Vitro, fondée en 2009, Julie Deliquet pratique un théâtre du collectif, où la mise en scène s’invente sur le plateau, avec les acteurs, où les improvisations aiguisent entre eux la circulation des énergies et rendent vibrante, et unique, la représentation.

Au Vieux Colombier ils sont sept à occuper, au centre de la salle, la longue table chargée de nourritures et de boissons où se déroule toute l’action. Sept acteurs magnifiques qui nous tiennent en haleine comme si c’était la toute première fois que l’on entendait Tchekov : Laurent Stocker, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Florence Viala, Dominique Blanc, Anna Cervinka, Noam Morgensztern. Tous nous offrent ce que le théâtre peut donner de meilleur : de quoi penser, et ce sentiment d’appartenance qui nous manque tant aujourd’hui.

Julie Deliquet et Laurent Stocker sont, en ce dimanche, les invités de l’Humeur Vagabonde.

A signaler également la reprise de Père d'August Strindberg mis en scène par Arnaud Desplechin à la Comédie Française (salle Richelieu) jusqu'au 4 décembre 2016.

Le reportage d'Elsa Daynac

Rencontre avec deux comédiens de Vania : Anna Cervinka et Stéphane Varupenne

La lettre de Maxime Gorki est extraite de SURPRIS PAR LA NUIT. Oncle Vania, de Tchekhov : le théâtre accompli ( 02/01/2004)

La programmation musicale

  • Lucy Dixon :Darling je vous aime beaucoup
  • Elena Frolova :Winter wedding

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