Pour son premier roman La main de Joseph Castorp publié chez Viviane Hamy - traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues

Joao Ricardo Pedro
Joao Ricardo Pedro © Viviane Hamy

Ce 25 avril 1974, tandis qu’à Lisbonne l’histoire du Portugal s’écrit avec des œillets rouges plantés au bout de fusils silencieux, dans un petit village perdu au pied d’une montagne appelée Gardunha, un certain Celestino est retrouvé mort, le visage arraché par un coup de fusil. « Ils l’ont retrouvé », dira simplement le Docteur Augusto Mendes, se souvenant l’avoir recueilli, gravement blessé, sans lui poser de questions, quarante années auparavant.

Le Dr Mendes s’était lui-même installé ici, un peu plus tôt, quittant la capitale et un brillant avenir. Il avait racheté la maison de famille en ruine de son camarade de fac, Policarpo, qui voulait fuir ce pays asphyxié par la dictature salazariste.

Depuis, Augusto, devenu le médecin du village, reçoit de lui, chaque année, une lettre qui lui apporte les nouvelles d’un monde qui tourne sans lui. Ces lettres, il les lit à son unique petit-fils, Duarte, qui raffole de ces récits qu’il ne comprend pas toujours, mais qui le font rêver. Mais Duarte est souvent embarrassé par ses rêves. Et aussi par ce don qu’il possède et qui le terrifie de plus en plus depuis que son ami de l’école, surnommé l’Indien, s’est enfui après l’avoir entendu jouer Beethoven sur le piano du salon.

Dans La main de Joseph Castorp deJoao Ricardo Pedro , traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues, édité chez Viviane Hamy, chaque personnage en appelle un autre, et chaque question ouvre sur une autre interrogation. De chapitre en chapitre, les histoires individuelles, insolites ou déchirantes, croisent l’histoire douloureuse du Portugal sous la dictature et durant les sales guerres africaines. Avec une virtuosité fascinante et dans un style magnifique, l’auteur, dont c’est le tout premier livre, nous fait rire, pleurer, voyager, vibrer, avec le récit des aventures épiques de la famille Mendes et de ceux qui croisent sa route durant un demi siècle, de Vienne à Lisbonne et de la frontière congolaise à Buenos Aires. Quant à la main de Joseph Castorp, ce n’est qu’aux toutes dernières pages que vous saurez pourquoi elle a été coupée. Un livre formidable à lire de toute urgence.

Son auteur, Joao Ricardo Pedro, est, ce soir, l’invité de l’Humeur Vagabonde . Carlos Spilak sera notre interprète.

Au cours d'une lecture extraite du livre de Joao Ricardo Pedro, nous avons entendu le Prélude en si bémol mineur- Le clavier bien tempéré - BWV 867 de J-S Bach, interprété par le pianiste Vladimir Ashkenazy (2005)

Le reportage de Gladys Marivat

"Où étiez-vous le 25 avril ? " : J'ai posé la question à Joao Caraça , le directeur de la Fondation Calouste Gulbenkian à Paris.

Au deuxième étage, dans la bibliothèque, entouré de centaines de livres en langue portugaise, il s'est souvenu. Fils d'un compagnon de lutte de Mario Soares, opposant au régime dictatorial de Salazar, qui allait devenir Premier ministre du Portugal après la Révolution des oeillets , le jeune Joao Caraça connaît bien la police politique dans sa jeunesse : son nom est inscrit en rouge dans les registres. Le 25 avril 1974, il a 28 ans. Etudiant en physique à Oxford, il est obligé de rentrer au Portugal quelques mois avant le jour J. Et, se retrouve témoin privilégié de ce jour historique, un peu par hasard...

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